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Jte la petite comédie que l’on appelle apo-logue.
L’allégorie est le corps de la fable , &la morale en est l’ame. II Faut l’énoncerlorsque vous vous défiez de la pénétra-tion du lecteur. On reprochoit à la lion-ne de ne mettre qu’un petit au monde.Un seul, dit-elle, mais c'est un lion.Esope pouvoit dans ce cas omettre l’af-fabulation; fans ce secours, on devoitconclure qu’il faut priser les choses parelles-mémes & non par leur nombre.Lorfqu’on ne peut fe méprendre auxtraits d’un homme , est - il nécessaire degraver son nom fur l’estatnpe qui le re-présente ? Si vous étés obligé d’expri-mer la vérité que déguise la fiction , oùla placerez - vous ? Les uns prétendentqn’elle doit servir d’exorde au récit ,d’autres soutiennent qu’elle doit le ter-miner. L’on annonce, disent les pre-miers , une vérité avant que de l’é-tayer par des faits. Pourquoi ne nousconduirons - nous pas dans la fable com.me dans la conversation ? En réser-vant , disent les autres, la morale pourla fin , on procure à l’esprit le plai-sir que lui cause la suspension , & ànotre vanité celui d’avoir prévenu lePoète. Le sens moral est le dénoue-ment du Poème ; il doit donc le termi-ner. Pour nous, nous pensons que dansun recueil de fables , la variété en fait lepremier mérite , & qu’en mettant la sen-tence toujours au commencement outoujours à la fin du récit, il en réí'ulte-roit une uniformité qui avoisine ou amè-ne l’ennui : pour éviter cette monotonie ,nous conseillons d’introduire de tempsen temps des prologues ou des épilo-gues : quand leur ton approche par desnuances presqu’insensibles de celui dela narration , ils font pour le lecteurune source d’amusement comme d’in-struction.
De la longueur de la Fable. Le rhé-teur Théon a prétendu que la narrationde la fable doit être , autant qu’il estpossible , serrée & sans ornement. M.Leffing , appuyé fur cette autorité & furl’exempie d’Esope , ne connoit point demilieu entre l’inutile & le nécessaire.Faisant une loi de la plus grande pré-cision possible, il exclut tous les épiso-des. On peut lui répondre que le goût
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ne s’assnjettit point à des réglés rigou-reuses. On n’allonge point un récit inu-tilement, lorsque les ornemens qu’on luiprête tournent au profit des vérités qu’ondéveloppe , ou des vertus que l’on veutinspirer. Une route agréable n’est jamaislongue ; les tableaux , les descriptions ,les images font les seuls titres qui fontplacer la fable au rang des poésies: si lerécit est dénué de ces avantages, il feraplus court : mais fera-t-il un poème ? Ces-sons donc on de regarder les fabulistescomme des poètes , ou de soutenir quela plus grande brièveté possible est de fes-se n ce de Vapologue j mais que les détails& les épisodes ne détruisent jamais l’u-nité. Le fabuliste n’en est pas plus dis-pensé que les autres écrivains.
Du style. Cette brièveté qne nous necroyons pas nécessaire dans l’enfembledeVapologue, convient beaucoup à son style-Le fabuliste, toujours concis & ferré, s’in-terdit le faste des périodes & le luxe desphrases symmétriquement cadencées ; ilretranche les verbes, supprime les liai-sons , & augmente, par le secours desellipses, la rapidité du récit.
La seconde propriété de son style est lasimplicité : proportionné aux objets qu’ilpeint & aux acteurs qu’il fait parler, ilest éloigné de toute ostentation de déli-catesse , de tout étalage d’el'prit, & sur-tout de ce persifflage amphigourique, quenos modernes beaux esprits appellent dela grandeur & du sublime. Ses idées,exprimées avec aisance & sans effort, pa-roiffentne lui avoir rien coûté, & l’onest tenté de croire qne les expressionsdont il se sert , se sont présentées lespremières. Si quelquefois il emploie despériphrases audacieuses ou des tours bril-lans > une correction leur sert de passe-port.
Qiiel art pour allier l’élégance à la sim-plicité ! Cependant cette élégance est de-venue nécessaire , soit que notre estimepour La Fontaine nous fasse une loi de l'i-miter, soit que notre langue, un peu dif-fuse par sa nature , exige par compensa-tion que les grâces des ornemens rem-placent celles de ia concision.
Mais en quoi consiste cette élégance ,qui embellit la simplicité fans la faire dis-paroître ? Dans la variété des expressions,pourvu qu’on ne tombe pas dans le pué-
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