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ge fut introduit peu à peu. Ces cuirasses,dans les premiers temps, étoient des cot-tes de mailles,qui couvroient le corps de-puis la gorge jusqn’aux cuisses ; on yajouta depuis des manches & des chaus-sures de méme. Comme une partie deTadresse des combattans, soit dans lesbatailles , soit dans les combats particu-liers , étoit de trouver le défaut de la cui-rasse , c’est-à-dire, les endroits nû elle sejoignoit aux antres pieces de l’armure,afin de percer par-là l'ennemi ; nos an-ciens chevaliers s’appliquoient à remé-dier à cet inconvénient.
Guillaume le Breton , &Rigord, tousdeux historiens de Philippe Auguste, re-marquent que ce fut de leur temps, ouun peu auparavant, que les chevaliersréussirent à se rendre presqu’invulnéra-bles, par l’expédient qu’ils imaginèrentde joindre tellement toutes les pieces deleur armure, que ni la lance, ni l’épée, niie poignard, ne pussent guere-pénétrerjusqu’à leur corps, & de les rendre si for-tes qu’elles ne pussent être percées. Voicice que dit Rigord là-dessus. “ Le cheva-lier Pierre de Mauvoiíîn , à la bataille deBovines, saisit par la bride le cheval del’empereur Othon, & ne pouvant le ti-rer du milieu de les gens qui l’entraî-noìent , un autre chevalier porta à ceprince.iin coup de poignard dans la poi-trine: mais il ne put le blesser, tant leschevaliers de notre temps, dit-il, fontjmpénétrablement couverts. „ Et en par-lant de la prise de Renaud de Dammar-tin, comte de Bologne , qui étoit dans lamême bataille du parti d’Othon. “ Cecomte, dit-i), étant abattu L pris fous soncheval.... un fort garçon, appelle Com-inote , lui ôta son calque , & ie blessa auvisage. ... II voulut lut enfoncer lepoignard dans le ventre: mais les bottesdu comte étoient tellement attachées &unies aux pans de la cuirasse, qu’il luifat impossible de trouver un endroit pourle percer.,, Guillaume le Breton décri-vant la même bataille, dit la même choseencore plus expressément , L marquedistinctement que c.tte maniéré de s’ar-mer avec tant de précaution étoit non,velle; que c’étoit pour ceia que dans lesbatailles on fongeoit à tuer les chevaux ,pour renvesssr les cavaliers, & ensuiteles assommer ou les prendre , parc: ju'on
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ne pouvait venir à bour de percer leursarmures.
. Equorunt viscera rwnpunt
DemiJJîsglailiis,iominorum corpora quandiNon patìtur ferro contìngi ferrea vcjlts.Labuntur vcllì , lapjts vieforibus ; çtfjìc ,Vìncìbiles magis exijlunt in pulverestrati :Sed ttec tune actes valet ìlhs tangere ferro,Ni priìts armorum careat munìinìnr corpus,Tot ferri sua tnembra plicis , iotquisquepatents
Pecíora, tot coriis , tot gambufonìbus ar-mant.
Sic mugis attenti funtfe muinre moderni,Quam fuerint olim veteres .
Et il fait la réflexion qne c’étoit pourcela que dans le temps passé , ou l’on neprenoit pas tant de précaution, il péris-ioit tant de gens dans les batailles.
.. ubi mìllia mille
Unâ ftepì die legintus cecidijfi vìrormn ;Nant mala dittn crescunt, crescit cautelamalorum,
JHunimenqae novum contrà nova tela re-pentira est.
De forte que dans le temps dont ilparle, pourvu que lc cheval ne fût pointrenversé , que le cavalier se tînt bienferme sur les étriers lorsque l’ennemivenoit fondre fur lui avec fa lance, ilétoit invulnérable, excepté par la vi-sière du casque. II falloi-t être bienadroit pour y donner} & c’étoit à ac-quérir cette adresse qué servoient diversexercices en usage, comme les tournois,& autres divertiffemens militaires de cestemps là. On acquérnit cette justessede bien diriger la lance dans la coursede la bague, & dans quelques autresexercices.Les blessures que les chevaliersremportoient alors des combats n’étoientd’ordinaire que des contusions, causéesou par les coups de massue qu’on leurdéchargeoit ou par de vioiens coups desabre qui faulìbient quelquefois l’ar-mure; & rarement étoient-ils blessés jus-qu’au sang : ainsi ceux qui étoient lesplus robustes & les plus forts pour por-ter leurs armes très-pefantes , ou pourassener ou pour soutenir mieux un coup,avoient l’avantage ; de sorte qu’alors laforce du corps entroit beaucoup plusdans les qualités du héros , qu’au-jourd’hui.