486 A R t
deviennent plus actifs : nous ne sommesplus bornés à des sensations grossières,communes à tous les animaux; des im-pressions plus douces s’y joignent-, nousdevenons hommes : en augmentant lenombre des objets intéressants, nous ajou-tons à notre première activité ; toutesnos forces se réunissent & se déploient:' pous sortons de la poussière, & nous nousélançons vers les intelligences supérieu-res. Dès-lors nous nous appercevons quela nature n’est pas simplement occupéedes besoins de ranimai, mais qu'elleveut lui ménager des jouissances plusdélicates, & élever par degrés son êtreâpn état plus noble.
Dans cet embellissement 'universel, lanature en mere tendre a pris un foinparticulier de rassembler les attraits lespins touchans fur les objets les plus néécessasses a l’homme : elle a. méme eu lesecret de faire également servir la lai-deur & la beauté à notre bonheur , en lesattachant comme signes caractéristiquesau ipa) & au bien. Elle enlaidit fuir poprnous en dégoûter, & elle embellit l’au-tre popr que nous Palmions. Qu’y a-t-H*par exemple, de plus essentiel que le;liens de la société pour conduire Phom-nie au bonheur ct au principal objet de Tadestination ? Or ces liens tiennent auxagrémens mutuels que leí hommes seprocurent. Cela est vrai sur 7 tout deî’heuiense union par laquelle l'hommeencore isolé au milieu des sociétés gêné,raies, s’associe une compagne qui 'entreen communauté de ses biens, redoubleíes plaisirs en les partageant, adoucit feschagrins & allège sos peines. Etoù la na-ture á-t-elle prodigué les agrémens com-mp fur la figuré humaine? Là font tissusles nœuds indissolubles de la sympathie ,lés charmes les plus irrésistibles de labeauté y font distribués, comme ifs dé-voient l’être pour amener la plus heureu-se des liaisons. Par cette admirable- & sa-ge profusion, la nature a su rendre ex-pressive la matière insensible’& muette,& lui donner l'empreiute des perfectionsdel’espritct du cœur, c’est-à-dire, descharmes les plus pnissans.
D’un autre coté , tout ce qui est 'nuisi-ble eii foi, a reçu de la nature une forcerepoussante- qui produit Paversion. Lesfigues caractéristiques qui ïévoltent ouqui produisent le dégoût, & que la natu-
A R t
re a destinés à déceler l’abmtissement stu-pide , l’efprit acariâtre, 011 le mauvaiscœur ; ces signes, dis-je, font gravés furle visage de l’homme par des traits aussiprofonds que ceux qui annoncent labeauté de Pâme.
Ce procédé de la nature si bien marquédans toutes fes œuvres, ne doit nous lais-ses aucun' d mue fur le caractère L la findes beaux-arts. L’homme, en embellis-sant t-out-ce qui est de son invention,doit ‘ sè“pVoposer le même but que se pro-pose la nature eile-même, lorsqn’elie em-bellit avec tant de soin ses- propres ou-vrages. C’est donc aux beaux-arts à revê-tir d’agrémens divers nos habitations,nos jardins, nos meubles, ct fur - toutnotre langage, la principale de nos in-ventions, & non • soúlëment, comme■tant de personnes se l’imaginent à tort,pour que nous ayons la simple jouissancede quelques agrémens de plus, maisprincipalement afin que les douces im-' pressibns de ce qui est beau , harmonieux& convenable donnent une tournureplus noble, un caractère plus relevé ànotre' esprit ct à notre cœur.
Due autre chose bien plus importanteencore , c’est que les beaux-arts, imitanttôíijo úrs la nature , répandent à pleine*mais les attraits de la beauté furies ob-jets immédiatement nécessaires à notrefélicité, & par-là nous inspirent pourtons ees objets un attachement invin-cible.
Cicéron fouhaitoit ( [de officiìs, lìb. 7 .)de pouvoir ptésenter à son fils une imagede la vertu , persuadé qu’on ne pourroîtla voir fans en devenir éperdumentamoiireux : voilà le service, inestimableque les beaux-arts peuvent réellementnous rendre : ils n’ont, pour cet effet ,qn’à consacrer la force magique de leurscharmes aux deux biens les plus néces-saires à l’humanité, à la vérité & à lavertu.
Ace premier service, ils doivent en-core en joindre un autre, toujours d’a-près ìeuEgrand modelé, c’est de donnerà tout ’çe.qui est nuisible une figure hi-deuse qui excite le sentiment de Paver-fion : la méchanceté, le crime, tout ce quipeut corrompre Tbomnie moral devroitêtre reyétù d’unc forme sensible qui atti-rât' notre attention , mais de maniéré ànous faire envisager ces vices sous leur*