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„ deviennent généraux par degrés, juf-„qu’n ce qu’on parvienne h des chosesM très-générales. Ce chemin est encore„ en Friche , parce que les hommes se„ dégoûtent de l’expérience ,& veillentj, aller tout d’un coup auís axiomes géné-„ raux , pour se reposer.
,, 8- Ces deux chemins commencentM tons les deux à l’expérience & auxj, choses particulières ; mais ils forit„ d’ail'eurs bien différents : par l'un on,, ne Fait qu’effleurer l’expérience ; parj, Vautre <m s'y arrête : par le premier„on établit dès le second pas des princi-,, cipes généraux & abstraits , par le,, second , on s’éleve par degrés aux cho-,, ses universelles . Uc.
„ y. 11 ne s'est encore trouvé pef-„ sonne qui ait eu assez de Force & deM constance pour s’imposer la loi d’ef-M facer entièrement de son esprit lesM théories & les notions communes qui,, étoient entrées avec le temps; de„ Faire de son ame une table rase, s’il„ est permis de parler ai n st ; & de re-„ venir ainst Inr ses pas pour exami-„ ner de nouveau toutes les connoissan-„ ces particulières qu'on croit avoir„acquises. On peut dire de notre rai-,, son . qu’elle est obscurcse & comme„ accablée par un amas confus & in-} ,digeste de notions, que nous devons,, en partie à notre crédulité pour bien,, des choses qu’on nous a dites , au„ hasard qui nous en a beaucoup ap-,, pris , & aux préjugés dont nous„ avons été imbus dans notre enfan-
„ ce.11 Faut se flatter qu’on
„ réussira dans la découverte de la vé-„rité, & qu’on hâtera les progrès de„ i’eFprit í pourvu que , quittant les„ notions abstraites , les spéculations„ métaphysiques, on ait recours à l’a-,, naly se . qu’on décompose les idées„ particulières , qu’on s’aide de l’ex-périeuce , & qu’on apporte à l’étnde„im jugement mur, un esprit droit,, & libre de tout préjugé. ... On,, ne doit espérer de voir renaître les„ arts & les sciences , qu’autant qu’on„ refondra entièrement ses premieres„ idées , & que ['expérience fera le,j {lambeau qui nous guidera dans les,, routes obscures de la vérité. Per-„ sonne jusqu’ici, que nous sachions,
bac:
„ n’a dit que cette reforme de nos niée*
,, eût été entreprise , ou même qu’on„ y eût pensé. „
On voit par ces aphorismes, que Ba-con croyoit que toutes nos convoi fane csviennent des sens. Les Péripatéticiens ,avoient pris cette vérité pour fonde-ment de leur philosophie : mais ilsétoient fi éloignés de la connoître, qu’an-cun d’eux n’a su la développer ; &qu’après plusieurs ficelés, c’étoit encoreune découverte 3 faire. Personne n’adonc mieux connu que Bacon la causede nos erreurs : car il a vu que lesidées qui font l'ouvrage de l’esprìt,avoient été mal faites ; & qne par con-séquent, pour avancer dans la recher-che de la vérité . il falloít les refaire.
C’est un conseil qu’il repéte souventdans son nouvel organe. a Mais pou-,, voit-on l'éeouter > dit l’aufenr de„ l’Essaí fur l’origine des connoissances„ humaines? Prévenu, comme on l’é-„ toit , pour le jargon de l’école &
„ pour les idées innées, ne devoit nn„ pas traiter de chimérique le proiet„ de renouveller l’entendemcnt htt-„ main? Bacon proposoit tine méthode„ trop parfaite pour être sauteur d’une„ révolution ; & celle de Drscartes
„ devoit réussir , parce qu’elle laissoit„ subsister tine partie des erreurs. Ainu-,, tez à cela que le philosophe anglois„ a vol t des occupations qui ne lui per-,, mettoient pas d’exécliter entièrement„ lui - même ce qu’il conseilloit aux„ autres. II émit donc obligé de se„ borner à donner des avis qui ne, s pouvoient faire qn’une légere im-„ pression fur des esprits incapables,, d’en sentir la solidité. Descartes au„ contraire livré entierement à la phi-„ losophie, & ayant une imagination,, plus vive & plus féconde , n’a quel-„ quefois substitué aux erreurs des„ autres que des erreurs plus sédni-„ santés, qui peut-être n’ont pas peu„ contribué à fa réputation „.
Le foin que Bacon prenoit de tou-tes les sciences en général . ne l’cm-pêcha pas de s’appliquer à quelques-unes en particulier ; & comme il
! croyoit que la philosophie naturelle estle fondement de toutes les antres scien-' ces, il travailla principalement à laperfectionner.