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& tfès-piquant, des airs gracieux Ltendres , des airs touchans & d’un pa-thétique allez Fort ; & dans ces airs,Ja langue & la musique font aussi à leuraile que dans le chant Italien. II fautavouer cependant que les syncopes, lesprolations & les inversions de mots queî’Italien permet plus aisément que notrelangue, peut - être aussi un retour plusfréquent des voyelles les plus sonores ,donnent au chant Italien plus de jeu &plus de brillant que le chant Françoisn’en peut avoir : mais avec ce désavan-tage, il est poísible encore d’avoir unebonne musique. Dans cette langue,dont on dit tant de mal , Racine & Qui-nault on fait des vers aussi mélodieuxque l’Arioste & que Métastase. Un mu-sicien homme de génie & un poètehomme dégoût, en vaincront de mêmeles difficultés , s’ils veulent s’en donnerla peine.
Mais l’homme de lettres qui a prisla défense de notre langue, contre celuiqui vouloit lui interdire l’espérancemême d’avoir une musique , a été troploin, ce me semble, en avançant quela musique est indépendante des langues." Comment, dit-ii, fait-on dépendrece qui chante toujours , de ce qui nechante jamais ? ,,
Et quelle est la langue qui ne chantepas, dès que l’expreísion s’anime & peintles mouvemens de l’amé ?
" Je ne conçois pas, ajoute-t-il,la différence essentielle qu’on voudroitétablir entre le chant vocal & l’ipstru-mcntal. Quoi ! celui - ci ámsneroit desfeules loix de l'harmonie & de la mélo-die ; & l’autre, dépendant des inflexionsde la parole, en seroit une imitation?C'est créer deux arts au lieu d’un. „
Ce n’est qu’un art, mais dont l’imi-tation est tantôt plus vague , & tantôtpins déterminée. II en est de la musi-que comme de la danse ; celle-ci n’estsouvent qu’nn développement de toutesles grâces dont le corps humain est sus-ceptible dans ses pas, ses mouvemens,ses attitudes, en nn mot, dans son ac-tion de tel ou de tel caractère , coinmèla gaieté, la mélancolie, la volupté,&fc. mais souvent auffi la danse estpantomime , & se propose limitationprécise & propre d’un personnage & de
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son action ; il en est de même dn chant.
Que la musique instrumentale flattel’oreille, sans présenter à l’ame aucuneimage distincte , aucun sentiment déci-dé; & q u'à travers le nuage d’une ex-pression légere & confuse , elle laisseimaginer & sentir à chacun ce qu’il veut,selon le caractère & la situation de soname; c’en est assez. Mais on demandeà la musique vocale une imitation plusfidelle, ou de limage , ou du sentimentque la poésie lui donne à peindre ; &alors i! n’est pas vrai de dire que la mu-sique soit indépendante de la langue ,puisqu'en {'éloignant trop des inflexionsnaturelles , sur-tout cn les contrariant,elle n’auroit plus d’exprestìon.
Les inflexions de la langue ne fontpas toutes appréciables, mais elles fonttoutes sensibles ; & l’oreille s’apperçoittrès-bien si le chant les imite, 011 s’ilen est trop éloigné.
La musique n’cbserve de l’accent pro-sodique que îa durée relative'des sylla-bes ; & peu lui importe fans doutequ’une syllabe soit plus ou moins lon-gue, ou qu’elle soit plus 011 moins bre-ve , pourvu qu’elle soit longue ou breve ,c’est-à-dire, qu’elle soit susceptible dèlenteur oii de rapidité: dès que la voixpeut se reposer deux tems de fuite furun son , il lui est permis, dans toutesles langues, de s’y reposer tant que lamesure l’exige : mais l’accent oratoireest un guide que la musique ne doit ja-mais abandonner , parce qu’il est lui-même la musique naturelle de la parole,c'est-à-dire, le système des intonations& des inflexions , qui dans chaque lan-gue caractérisent & distinguent toutesles affections & tous les mouvemens del’ame. La plainte , la menace , la crainte,le désir, {'inquiétude, la surprise, l’a-monr , la joie & la douleur, toutes lespassions enfin , tous leurs degrés, tou-tes leurs nuances, les intentions mêmede l’esprit & les modes de la pensée,comme la dissimulation , l'ironie , le ba-dinage , ont leur expression naturelle,non - seulement dans la parole , maisdans les accens de la voix. Aux paro-les q ai expriment telle ou telle passionde l ame , telle on telle intention de l’es-prit , attacher un accent contraire â ce-lui que la nature ou que l’habitude y