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vées, le commerce moins florissant. Ilsne produiront qu’un mal local en par-ticulier ; mais ce qu’ils ôteront à ceuxqui les supporteront au-delà de leursforces , passera à d'autres » l’état n’yperdra rien , & la somme de toutes lesfortunes n’en fera pas moins la même.
Ce raisonnement est insidieux; on n’ena peut-être que trop abusé pour séduireceux qui n’étoient pas fâchés de l’étre ;mais outre que c’est déja un très-grandmal que ces variations de fortunes dansles particuliers, qui causent toujours uneplus grande dépravation de mœurs , &dans chaque famille une révolution dontl’état entier ne manque jamais de seressentir, ce n’est point du tout ainsi qu’ilaura du reste; les faits le prouvent, &leur témoignage est plus fort que tousles raisonnemens du monde.
Jamais on n’a levé de sommes si exor-bitantes fur les peuples, une industriemeurtrière a épuisé tous les moyens deles dépouiller. Jamais, par conséquent,les gouvernemens n’ont dû faire &n'ont fait effectivement tant de dépen-ses & de consommation. Cependant lescampagnes font stériles & désertes , lecommerce languissant, les sujets & lesétats ruinés.
Que ceux qui, trahissant la vérité , lajustice & l’humanité , ont insinué & pré-tendu que les charges immodérées dé-voient avoir les effets contraires , nousdisent donc la cause de ceux-ci ; leurintérêt qui n’est pas celui des autres,leur indifférence fur les calamités pu-bliques dans lesquelles ils trouvent leurbien , ne les a point instruits ; je la di-rai pour eux.
i°. II n’est pas vrai que la consomma-tion du gouvernement, ou de ceux quiproiìtent'des,déprédations qui se commet-tent dans fa recette & dans fa dépense,supplée à celle que les impôts insuppor-tables forcent les particuliers de retran-cher fur la leur. Une grande consom-mation générale ne résulte que de lamultiplicité des petites ; le superflu deplusieurs , quelque fastueux qti’on lessuppose, ne remplace jamais ce qu’ilabíorbe du nécessaire de tous, dont ilest la ruine. Deux cents particuliers avec400 mille livres de rentes chacun, & 100domestiques qu’ils n’ont pas, ne consom-
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ment pas autant que 80 mille personnes ,entre lesquelles leurs revenus seroientdivisés à raison de 1000 liv. chacun ; enun mot, donnez à un seul le revenu de100 citoyens, il 11e peut consommer quepour lui & pour quelques-uns qu’il em-ployé à son service. Le nombre des con-sommateurs , ou la quantité de consom-mation sera toujours moindre de quatrecinquièmes au - moins; d’où l’on voit,pour le dire en passant, que tout étantégal d’ailleurs, & la somme des richessesétant la même, le pays où elles serontle plus divisées fera le plus riche & leplus peuplé ; ce qui montre les avantegesque donnoit Légalité des fortunes auxgouvernemens anciens fur les modernes.
11 ne faut pas m’objecter la dissipationdes riches qui absorbe non - seulementleurs revenus & léurs capitaux, maismême les salaires des pauvres , dont leurvanité exige encore le travail lorsqu’ellen’est plus en état de le payer.
Le luxe qui produit cette dissipation,quiéleveles Fortunes, les renverse , &sinit parles engloutir, ne favorise pointla consommation dont je parle, qui estcelle des choses de nécessité 4 & que l’étatproduit ; au contraire , íl la restreint àproportion de la profusion qu’il fait desautres.
II faut bien qu’il en soit ainsi ; car enaucun tems les hommes n’ont usé avectant d’abondance de tout ce qui leur estutile ou agréable , & jamais les produc-tions nationales n’ont été moins culti-vées ; d’où l’on petit inférer que pluson dépense dans un état, moins on y faitfait usage des denrées de son crû.
Et il en résulte deux grands inconve-niens : le premier que les charges publi-que étant les mêmes , souvent plus for-tes, font réparties fur moins de produits ;lê'seeond, que ceux qui y contribuentle plus ont moins de facultés pour les sup-porter; d’où il fuit qu’ils en font ac-cablés.
2 8 . Plus le gouvernement dépense,moins il restitue aux peuples ; cette pro-position est en partie une fuite dela pré-cédente : quelques suppositions que fas-sent les gens intéressés à persuader lecontraire , on calculera toujqurs justequand on prendra pour la valeur d’un deces termes , la raison inverse de l’autre.