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Tome XV. FORE - GENU
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It n'est pas difficile de comprtndre àprésent quel étoit leur emploi. L’antiqui-té les a toujours regardées comme desdéesses inexorables, dont l’uniqueoccu-pation étoit de punir le crime , non feu-lement dans les enfers, mais même dèscette vie, poursuivant sans relâche lescriminels, lait par des remords qui neleurdonnoieot aucun repos, soit par des vi-sions terribles, qui leur fail'oient souventperdre le sens.

II Faudroit copier les poètes, principa-lement Euripide, Sophocle, &Séneque,si l'on vouloir rapporter tous les traitsdont ils se fervent pour exprimer dansquel excès de fureur elles jetoient ceuxqu’elles tourmentaient. On fait avec jquelle beauté Virgile peint le désordreque produisit une de ces furies à la cour ,du roi Latinus. Ce que fit Tyfiphone àl’égard d’Etéocle & dePolynice, n’estignoré que de ceux qui n’ont point lu laThébaïde de Stace. Ovide représente avecla même vivacité le ravage que fit àThe-bes la furie envoyée par Junon pour sevenger d'Athamas, & ce que fit endurerà Isis une autre furie que la même Junonavoir suscitée pour la persécuter: maisde tous ceux que ces implacables déessesinfernales ont poursuivis, personne n’aété un exemple plus éclatant de leur ven-geance , que le malheureux Oreste. Lesthéâtres de la Grece ont mille fois retentides plaintes de ce parricide,qu’elles pour-suivoient avec tant d'acharnement.

Les furies étaient employées non-seu-Icment lorsqu’il Falloit punir les coupa-bles , mais aussi quand il s’agissoit dechâtier les hommes par des maladies, parla guerre , & par les autres fléaux de la«olere céleste. Alecto p assoit en particu-lier pour la inere de la guerre, commeStace l'appelle : il falloit bien une suritpour inspirer aux hommes l’idée de s’en-tre- détruire , & l’art funeste d’y parve-nir. Mais Cicéron rapporte à un trait demorale fort judicieux, toutes les diffé-rentes fonctions des furies. “ Ne vous,, Imaginez pas , dit il, que les impies„ & les scélérats soient tourmentés par„ les furies qui les poursuivent avec leurs„ torches ardentes : les remords qui,, suivent le crime , font les véritablesM furies dont parlent les poètes. „ Telleétoit aussi ('opinion des autres philoso-phes de l’antiquìté.

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Cependant, comme les peuples ne fontpas philosophes, des déesses auífi redou-tables que les furies s’attirereut un culteparticulier. En effet, le respect qu’on leurportait était si grand, qu’on n’osuit pres-que les nommer , ni jeter les yeux surleurs temples. On regarda comme uneimpiété, si nous en croyons Sophocle, latdémarche que sit Œdipe, iorsqu’allantà Athènes en qualité de suppliant, il seretira dans un bois qui leur étoit consa-cré , & on l’obligea, avant que d’en sor-tir, d’appaiser ces déesses par un sacrifi-ce, dont ce poète & Théocrite nous ontlaissé la description.

Comme la crainte avoit été la mesuredu culte qu’on rendort aux divinités, &qu’il H’y en avoit aucune qui fût si redou-tée que \es furies, on n’avoit rien oubliépour les appaiser, lorsqn’on les croyoitirritées ; & c’est par ce motif qu’ellesavoient des temples dans plusieurs en-droits de la Grece.

Lés Sicyoniens, au rapport de Pansa-nias, leur sacrifioient tous les ans, aujour de leur fête, des brebis pleines, &leur offroient des couronnes & des guir-landes de fleurs, fur-tout de narcisse ,plante chérie des filles de l’enfer, à cau-se du malheur arrivé au jeune princequi portait ce nom. Eustathe, sur le pre-mier livre de l’Iliade , dit que la raisonpour laquelle on offroit le narcisse auxfuries , venoít de l’étymologie de ce mot»v«{xùeív, torpere , parce que les furiesétourdissoientles coupables qu’elles tour-mentaient.

Elles avoient aussi un temple dans Cé-ryne, villed’Achaïe, où l’on voyoit leursstatues faites de bois & assez petites ; &ce lieu étoit fi fatal aux gens coupablesde quelque crime, que dès qu’ils ven-troient ils étaient saisis d’une fureur subi-te qui leur faisoit perdre l’esprit : tant laseule présence de ces déesses pouvoit cau-ser de troubles! II falloit même que cesévénemans fussent arrivés pi ns d’une fois,puifqu’on fut obligé de défendre l’entréedu temple de Céryne.

Pausanias nous apprend que les statuesde ces déesses n’avoient rien de fort fi n -, gutier ni de fort recherché, mais qu’onI en voyoit dans le vestibule plusieurs an-tres en marbre, d’un travail exquis , qui1 représentaient des femmes qu’on cmvoitI avoir été les prêtresses de ces divinitésMus '