G E N
arts, est certainement une des priiîcipa-les causes qui contribuent ail dérègle-ment que nous leur reprochons: ils cher-chent á se dédommager par les plaisirs,de l'estime que leur état ne peut obtenir.Parmi nous , un comédien qui a desmœurs est doublement respectable ; mais Jà peine lui en sait-on quelque gré. Le jtraitant qui insulte à rindigence publi-que & qui s’en nourrit, le courtisan quirampe, & qui ne paie point ses dettes,voilà l’espece d’hommes que nous hono-rons le plus. Si les comédiens étoientnon-seulement sonFFertsà Geneve , mais con-tenus d’abord par des réglemens sages,protégés ensuite, & même considérés dèsqu’ils en seroient dignes, enfin absolu-ment places fur la même ligne que lesautres citoyens, cette ville aurnit bien-tôt l’avantage de posséder ce qu'on croîtíì rare, & ce qui nc l’est que par notrefaute , une troupe de comédiens estima-ble. Ajoutons que cette troupe devien-droit bientôt la meilleure de l’Europe;plusieu's personnes pleines de goût & dedisposition pour le théâtre, & qui crai-gnent de se déshonorer parmi nous ens’ylivrant, accourraient à Geneve , pourcultiver non seulement sans honte, maismême avec estime , un talent si agréa-ble & si peu commun. Le séjour dc cetteville , que bien des François regardentcomme triste par la privation des spec-tacles, deviendroit alors le séjour desplaisirs honnêtes , comme il est celui dela philosophie & de la liberté ; & lesétrangers ne seroient plus surpris de voirque dans une ville où les spectacles dé-cens & réguliers font défendus, on per-mette des farces groffieres & fans esprit,auffi contraires au bon goût qu’aux bon-nes mœurs. Ce n’est pas tout : peu à peul’exemple des comédiens de Geneve , larégularité de leur conduite, & >a con si- Jdération dont elle les feroit jouir, servi-Jroient de modelé aux comédiens des au- |tres nations, & de leçon à ceux qui les ont Itraités jusqu’ici avec tant rigueur & mê- !me d’inconféquence. On ne les verroit "pas d’uu côté pensionnés par le gouver-nement , & de l’autre un objet d’ana-thême ; nos prêtres perdraient l’habi-tude de les excommunier, & nos bour-geois de les regarder avec mépris ; &une petite république auroit la gloired’avoir réformé stEurope fur ce point,
G E N 93t
pins important peut - être qu’on nepense.
Geneve a une université qu’on appelleacadémie , où la jeunesse est instruite gra-tuitement. Les professeurs peuvent de-venir magistrats, & plusieurs te font en.effet devenus , ce qui contribue beau-coup à entretenir stimulation & la célé-brité de ('académie. Depuis quelques an-nées on a établi auffi une école de destin.Les avocats, les notaires , les médecins,£)Y. forment des corps auxqnelson n’estaggrégé qn’après des examens publics,& tous les corps de métier ont auffi leursréglemens, leurs apprentissages, & leurschefs-d’œuvres.
La bibliothèque publique est bien as-sortie ; elle contient vingt-six mille volu-mes , & un assez grand nombre de manus-crits. O n prête des livres à tous les ci-toyens , ainsi chacun lit & s’éclaire : auffi;le peuple de Geneve est-il beaucoup plusinstruit que par-tout ailleurs. On ne s’ap-perqoit pas q ne ce soit un mal, commeon prétend que c’en feroit un parmi nous.Peut-être les Genevois & nos politiquesont-ils également raison.
Après st Angleterre, Geneve a reçu lapremiere l’inoculation de la petite vérole,qui a tant de peine à s’établir en France ,& qui pourtant s’y établira , quoiqueplusieurs de nos médecins la com battentencore, comme leurs prédécesseurs ontcombattu la circulation du sang, l’éméti-que , & tant d’autres vérités incontesta-bles ou de pratiques utiles.
Toutes les sciences & presque tous lesarts ont été fi bien cultivés à Geneve ,qu’on feroit surpris de voir la liste des sa-vans & des artistes eu tout genre quecette ville a produits depuis deux siécles.Elle a eu même quelquefois l’avantagede posséder des étrangers célébrés, quefa situation agréable, & la liberté dont:on y jouit, ont engagés à s’y retirer. M.de Voltaire , qui depuis quelques annéesy avait établi son séjour, a retrouvé chexces républicains les mêmes marques d’es-time & de considération qu’il a reçuesde plusieurs monarques.
La fabrique qui fleurit le plus à Gene~ve , est celle de l’horlogerie ; elle occupeplus de cinq mille personnes, c’est-à-direplus de la cinquième partie des citoyens.Les autres arts n’v font pas négligés,entr’autres l’agricuîture i on remédie aaN n n s