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Me d’une Foule d'impreffions nouvellespar lesquelles il peut être détourné d udessein principal, contraint de manquerau secret, de sortir des loix de la raison,& de perdre par 1 inégalité de la condui-te , l’aseendant qu’il auroit pris par la su-périorité des lumières. Les hommes degénie , forcés de sentir, décidés par leursgoûts , par leurs répugnances , distraitspar mille objets, devinant trop, pré-voyant peu, portant à l’excès leurs dé-sirs, leurs espérances, ajoutant ou re-tranchant fans cesse à la réalité des êtres,nie paioissent plus faits pour renverserou pour fonder les états que pour lesmaintenir, & pour rétablir l’ordre quepour le suivre.
Le genre dans les affaires n’est pas pluscaptivé par les circonstances, par lesloix-& par les usages, qu’il ne Test danslesbeaux-arts par les réglés dil goût, &dans la philosophie par la méthode. 11 y 1a des momensoùil fauve fa patrie, qu’ilperdrait dans la fuite s’il y conservait dupouvoir. Les systèmes font plus dange-reux en politique qu’en philosophie : l’i-maginatron qui égare le philosophe nelui fait faire que des erreurs; Timagina-tion qui égare Thomme d’état, lui faitfaire des fautes & le malheur des hom-mes.
Qu’à la guerre donc & dans le conseille génie semblable à la divinité parcoured’un coup-d’œil la multitude des possi-bles , voie le mieux & l’exécute: maisqu’il ne manie pas long-tems les affairescù il faut attention , combinaisons, per-sévérance. Qu’Alexandre & Condé soientmaîtres des événemens , & paraissentinspirés le jour d’une bataille , dans cesinstans où manque le tems de délibérer,& oùil faut que la premiere des penséessoit la meilleure ; qu’ils décident dans cesmomens où il faut voir d’un coup-d’œilles rapports d’une position & d’un mou-vement avec ses forces, celles de fan en-nemi , & le but qu’on fe propose maisqueTurenne & Marlborough leur soientpréférés, quand il faudra diriger les opé-rations d’une campagne entiere.
Dans les arts, dans les sciences, dansles affaires, le renie semble changer lanature des choses ; son caractère se ré-pand sur tout ce qu’il touche ; & ses lu-mières s’élanqant au-delà du passé & duprésent, éclairent l’avenir;. il devance
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son siécle qui ne peut le suivre : il laisseloin de lili l’esprit qui le critique avecraison, mais qui dans fa marche égale nefort jamais de Tunifonnité de la nature.11 est mieux senti que connu par Tborn-me qui veut le définir; ec seroit àlui-mê-me à parler de lui ; & cet article que jen’auroispas dû faire, devrait être l’ou-vrage d’un de ees hommes extraordinai-res , M. «te Voltaire, par exemple , quihonore ce fiecle, & qui pour connoître1 e génie , n’anroit eu qu’à regarder cn lui-mème.
M. de Marmontel a traité le même sujet*
êfl le public nous saur u gré de lui faire
part des réflexions de cet écrivain égale -
ment profond & ingénieux.
On demande , dit-il, en quoi le géniedisistre du talent : le voici, ce me semble.Le talent est: une disposition particuliers& habituelle à réussir danr une chose: àl’égard des lettres , il consiste dans Tapti-tude adonner aux sujets que Ton traite,& aux idées qu’on exprime, une formeque l’art approuve & dont le goût soitsatisfait. L’ordre, la clarté, l’élégance ,la facilité, le naturel, la correction, lagrâce même font le partage du talent.
Le génie est une forte d’infpiration fré-quente , mais passagère ; & son attributest le don de créer. 11 s’ensuit que Thom-me de génie s’éleve & s’abaisse tour àtour, selon que Tinfpiration l’anime ouTabamlonne.il est souvent inculte, par-ée qu’il ne se donne pas le tems de per-fectionner; il est grand dans les grandeschoses, pares qu’elles font propres à ré-veiller cet instinct sublime, &à le met-tre en activité ; il est négligé dans les cho-ses communes , pares qu’elles font au-dessous de lui, & n’ontpas de quoi l’é-mouvoir. Si cependant il s’en occupeavec une attention forte, il les rend nou-velles & fécondes , parce que cette at-tention qui couvre les idées, les pénétré,sij’ofe le dire d’une chaleur qui les vi-vifie & les fait germer, comme le so-leil soit germer l’or dans les veines durocher.
Ce qu’il y auroit de plus rare & deplus étonnant dans la nature, eeseroitun homme que son génie n’abandonne-roit jamais ; & celui de tous les écrivainsqui approche le plus de ce prodige, e’eít3.omere dans VIliade.