Band 
Tome dix-huitieme. I - JOM.
Seite
222
JPEG-Download
 

222 J E A

paroiffoit rien moins que prêt à le sous-traire à la domination Espagnole , maisque ne peut l’amour de la patrie, fur-toutlorlqu'il est irrité par la crainte Fondéed’une servitude accablante ? ce fut à cepatriotisme, bien plus qu’à fes talens,Hue Jean IV fut redevable de son éléva-tion,- ce n’est pas que, fi la royauté eûtété fans interruption dans fa famille, iln’eut eu assez de mérite pour recevoir lesceptre que fes pcres lui eussent transmis,car il avoit beaucoup de conuoissances, &peu de souverains ont été aussi profondé-ment , aussi habilement politiques quelui j mais pour passer du premier ordrede citoyens au rang suprême , il n’avoitpar lui-même, ni assez d’ambition , niassez de constance , ni assez d’activité :& ce furent les circonstances, le vœu defes concitoyens, la fidélité de fes parti-sans, la grandeur d’atne, les conseils, &la noble audace de son épouse, qui firentplus pour lui qu’il n’eût été capable defaire par íui-méme. Jean, fîlsdeThéo-dose de Portugal , duc de Bragance , &d’Amie, fille de Jean Fernandez, duc deFrias, comptoit parmi fes ancêtres unelongue fuite de rois ; car il étoit petit-fils de Catherine, fille d’Edouard, princede Portugal, & fils du roi Henri. Maisquelque illustre que fût son origine, ellene lui donnoit cependant aucune sorte dedroit, ni seulement de prétention à lacouronne. Les Espagnols s’étant rendusmaîtres du Portugal, après la mort ducardinal Henri, en i$So, Sc Payant gardéfous les règnes de Philippe II, Phi-lippe III & Philippe IV, i> ne falloir pasmoins qu'une révolution aussi subite &aussi surprenante que cel'e qui se passasous ce dernier monarque Espagnol, pourdonner de la consistance aux prétentionsaussi foibles qu’éloignées de Jeun; il na-quit à Villaviciosa , le 13 mars 1604:Phistoire ne dit rien des vingt-Gx premiè-res années de fa vie ; on croit qu’il requtune excellente éducation ; mais on n’apoint appris qu’il sc fût distingué par au-cun service éclatant, par aucune actionbien importante: on sait seulement qu’àcet âge il succéda à son pere comme ducde Bragance ; & que , quoique trois ansaprès , il eût épousé dona Louise de Guz-man, fille aînée de Jean-Emmanuel Pe-rez de Guzman , duc de Médina-Sidonia,il foussioit tout aussi impatiemment que

J E A

le reste des Portugais , le joug dés Espa-gnols. Son épouse, née en Espagne, étoitalliée aux maisons les plus illustres decette monarchie, mais par la noblesse defes senfimens , par son mérite , fes talens& sa fermeté , portée jnsiju’à l’hérbïsme,elle étoit infiniment au-dessus de fa hautenaissance, & ne s’occupa qu’à inspirer ìson mari des idées d’élévation , & á for-tifier la haine qn’il partageait avec fescompatriotes, contre Paltiere dureté dela domination Espagnole. Le peu d’am-bition du duc deBragance &fon indolencenaturelle eussent peut-être & vraisembla-blement rendu fes conseils inutiles, siles Portugais irrités des vexations aux-quelles ils étoient faus cesse exposés,n'eusse n t enfin conçu le defir le plus vé-hément de recouvrer leur liberté, & de«'affranchir pour jamais du despotismequi les opprimoit. La nation étoit mécon-tente , L les occasions de le soulever nelui manquoient pas, mais elleavoit be-soin d’im chef, & elle jetta lesyeux furle duc de Bragance , qui étoit à la fleurde son Age; bailleurs petit-fils de Jeanduc de Bragance , qui avoit été l’nn desconcurrens de Philippe II, lors de làmort du cardinal Henri; mais Jean pa-roiffoit témoins piopre des hommes pourconduire une aussi grande entreprise , &amener une révolution ; tranquille &modéré jusqu’à l’indolence, il vivoit àla campagne avec beaucoup de magnifi-cence , mais dans le plus grand éloigne-ment de toute forte d'affaires : épouxempressé , pere tendre, maître généreux,voisin sociable, il se contentait de faireles délices de fa famille & des gentilshom-mes des environs,qui n’envioient point fesrichesses, parce qu’il ne les employaitqu’à faire du bien : fa tranquillité em-pêchait les Espagnols de prendre quel-qu’ombrage de l'affection que le peuplelui témoignait, & ils étoient fort éloi-gnés de le croire capable d’exciter-jamaisdes troubles ; ce n’est cependant pas qu’ilignorât les droits qu’il suroît à la couron-ne, si le royaume venoit à fe séparer del’Efpagne; ce n’est pas qu'îl ne vît avecdouleur la triste situation de fes conci-toyens, & qu’il ne fût très-fenfible à laconduite arbitraire & anx vues des minis-tres Espagnols; mais il ne témoignait,ni tristesse , ni ressentiment ; L à fanhumeur égale, on ne lui eût peint fuj>-