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Limitation étoit une parfaite ressemblan-ce , il faudroit l’altérer exprès en «juelquechose, atïnde laissera l’amele sentimentconfus de son erreur, & le plaisir secretde voir avec quelle adresse on la trompe.11 est pourtant Vrai qu’on a plus à crain-dre de s’éloigner de la nature que d’enapprocher de trop près j mais entre laservitude & la licence il y a une libertésage, & cette liberté consiste à se permet-tre de choisir & d’embellir en imitant :c’est ce qu’a fait Molière aussi bien queRacine. Ni le Misuntrope , ni l' Avare , nile Tartufe ne sont de serviles copies : dansles détails comme dans l’ensemble, dansles caractères comme dans l’intrigue , cefont des compositions plus achevées qu’onn’en peut voir dans la nature ; la perfec-tion y décelé l’art, & l’on perdroit à nepas l’y voir : pour en jouir il faut qu’oní’apperqoive.
Mais jusqu’à qnel point cette imitationpeut-elle être embellie, sans que l'alté-ration nuise à la vraisemblance & dé-truise Yillujion ? Cela tient beaucoup àl’opinion , à l’habitnde , à l’idée quel’on a des possibles ; & la réglé doit va-rier selon les lieux & les temps. La vé-rité même n’est pas toujours vraisem-blable , & à moins qu’elle 11 e soit très-connue , elle n’est point admise, si lavraisemblance n’v est pas. Dans les cho-ses communes il est aisé de conserverla vraisemblance, mais dans l’extraor-dinaire L le merveilleux, c’est une desplus grandes difficultés de l’art. VoyezVraisemblance.
Quelle est cependant cette demi - illtt-Jìon , cette erreur continue, & fans cessemêlée d’une réflexion qui la dément ; cet-te faqon d'être trompé & de nc j’être pas?C’est quelque chose de si étrange en appa-rence , & de fi subtil en eflet, qu’on esttenté de le prendre pour un être de rai-son; & pourtant rien de plus réel. Cha-cun de nous n’a qu’à se souvenir qu’illui est arrivé b.en souvent de dire, enmême temps qu’il pleurait ou qu’il fré-missoit, à Mérope : Ah ! que cela tjlieau j ce n’étoit pas la vérité qui étoitbelle : car il n’est pas beau qu’une femmeaille tuer un jeune homme, ni qn’unemere reconnoisse son fils au moment dele poignarder. C'étoit donc bien de limi-tation que l’on parloit; & pour cela iffalloit se dire à soi-même, e'ejì jwi men-
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songe f & tout en le disant, on pleuroit& on frémissoit.
Pour expliquer ce phénomène, on aditque Villujíon & la réflexion n’étoientpas simultanées, mais alternatives dansí'ame: hypothèse' inutile ; car sans cesoscillations continuelles & rapides del’erreur à la vérité , leur mélange actuels’explique , L l’on va voir qu’il est dansla nature.
L’ame est susceptible à la fois de diver-ses impressions, comme lorfqu’on entendune belle musique , & qu’en regardantune jolie femme on boit d’un vin déli-cieux; ces trois plaisirs font distinctement& simultanément goûtés. Ils í'e nuisentpourtant l’un à l’autre ; & moins ses im-pressions simultanées font analogues ,moins le sentiment en est vif; en sorteqne fi eiies font contraires, se partage dela sensibilité entr’elles est quelquefois siinégal, que l’une effleure à peine l’ame ,tandis que l’autre s’en saisit L la pénétréprofondément.
En vous promenant à la campagne,qu’un objet vous frappe &vous plongedans la méditation, tous ses autres ob-jets que vous appercevrez passeront suc-cessivement devant vos yeux fans vousdistraire. Vous les aurez vus cependant,& chacun d eux aura laissé sa trace dapsvotre souvenir. Que sera-t-il donc arri-vé ? Qu’à chaque instant l’ame aura pudeux pensées, l’une fixe & profonde,l’autre légère & Fugitive. Au contraire ,je vous suppose plus légèrement occupé ;l’idée qui vons fuit, ne laisse pas d’êtrecontinue & toujours présente ; mais l’im-prelsion accidentelle de nouveaux objetsestd’autant plus vive à son tour, que lapreiniere est moins profonde.
C’est ainsi qu’a» spectacle deux penséessont présentes à í’ame ; l’une est , quevons êtes venus voir représenter une fa-ble, que le lieu réel de faction est unesalle de spectacle, que tous ceux qui vousenvironnent viennent s amuser commevous, que les personnages que vous voyezsont des comédiens , que les colonnes dupalais qu’on vous représente sont des cou-lisses peintes; que ces scènes touchantesou terribles que vous applaudissez sontun poème composé à plaisir, sssout cela estla vérité. L’autre pensée est Villujíon ; sa-voir que ce palais est celui de Mérope,que la femme que vous voyez si affligée