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Tome dix-huitieme. I - JOM.
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' L’ imagination acíive est, celle gnî jointla réflexion , la combinaison à la mé-moire ; eìîe rapproche plufieufs objetsdisions, elle sépare ceux qui sè mêlent,îes compose & les change ; elle semblecréer quand elle ne fait qu’arranger;Càr il -n’est pas donné à l’homme oie sefaire oies idées , il ne peut que les nno-difiér.

Cette imagination àélive est donc aufond'une faculté auffi indépendante denous que Y infaginatìon fajjìve ; & unepreuve gu’ellé ne dépend pas de nous,c’ést que il vous proposez à cent person-nes également ignorantes d'imaginer tellemachine nouvelle, il y en aura quatre-vingt-dix-neuf qui n’ imagineront rienmalgré leurs efforts. 8î la centièmeimagine quelque chose , n’est-il pas évi-dent que c’est un don particulier qu’ellea reçu ? c’est ce don que l’on appellegénie i c’est-là qu’on a reconnu quelquechose d’inspiré & de divin.

Ce don de h nature' est imaginationd'invention dans les arts; dans ì’ordon-nance d'un tableau , dans celle d’un poè-me. Elle ne peut exister fans la mémoi-re ; mais elle s’en sert comme d’un ins-trument avec lequel elle fait tous ses ou-vrages.

Après avoir vu qu'on soulevait unegrosse pierre que la main ne pouvoit re-muer, Yimaginasion acíive inventa lesleviers, & ensuite les forces mouvantescomposées, qui ne font que des leviersdéguisés. II faut se peindre d’ahord dansl’efprit les machines & leurs effets pourles exécuter.

Ce n’est pas cette forte d 'imaginationque le vulgaire appelle , ainsi que lamémoire, Y ennemie da jugement ; auContraire, elle ne peut agir qn’avec linjugement profond. Elle combine fanscesse ses tableaux , elle corrige sos er-reurs, elle éleve tous ses édifices avecordre. í! y a \me imagination étonnantecans la mathématique pratique, & Archi-shede a volt au moins autant d'imagina-tion qu’Homere. C’est par eile qu’unpoète crée ses personnages, leur donnedes caractères, des passions, invente fafable , en présente i’expofuion , eti re-double le nœud , en prépare le dénoue-ment ; travail qui demande encore lejugement le plus profond, & en mêmetemps le plus lin.

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II faut un très-grand art dans toutesces imaginations lYinvèntion , & mêmedans tes romans ; ceux qui en manquentsont méprisés des esprits bien faits. Unjugement tau jours sain régné dans lesfables d’Esope; elles seront toujours lesdélices des nations. II y a plus d 'imagina-tion dans les contes des fées ; mais cesiinngiiiutioïiS fantastiques, toujours dé-pourvues ri’ordre L de bon sens, ne peu-vent être estimées; on (es lit par foibleffe,& on les condamne par raison.

' La seconde partie de Y imagination aéíiveest celle esp détail, & c’est qlle qu’on ap-pelle communément imagination dans lemonde. C’est elle qui fait le charme de laconversation ; car elle présente sans ct;fieà l’efprit ce que le; hommes aiment lemieux, des objets nouveaux ; elle peintvivement ce que les,esprits, froids dessi-nent à peine, elle emploie les circonstan-ces les plus frappantes, elle allègue desêxemples, & quand ce talent se montreavec la sobriété qui convient à tons lestalons, il se concilie l’empire de la focs été.L’homme est tellement machine, quele vin donne quelquefois cette imagi-nations que i’ûisivete' anéantit ; il y alà de quòi s’hnmilier, mais de quoi ad-mirer. Comment se peut íl faire qu’unpeu d’une certaine liqueur qui empê-chera de faire nu calcul, donnera desidées brillantes ?

C’est fur-tont dans la poésie que cetteimagination de détail & d’expreffion doitrégner; elle est ailleurs agréable, maislà elle est nécessaire; presque tout estimage dans Homère , dans Virgile, dansHorace , fans même qu’on s’en appêr-qoive. La tragédie demande moins d’i-mages , moins d’exprefiìons pittores-ques, de grandes métaphores, d’allégo-rics , que le poème épique on i’ode;mais la plupart de ces beautés bien mé-nagé^s font dans la tragédie un effet ad-mirable. Un homme qui fans être poèteose donner une tragédie , fait dire àHvppolite,

De fuis que. je vous vois , /’ abandonne lachus-.

Mais Kyppolite, que le vrai poète faitparier, «lit :

Mon arc* mes javelots , mon char , toutm'importune*