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source de toute imagination , cette mêmemémoire surchargée la fait périr; ainsicelui qui «'est rempli la têtede boiiis Side dates , n’a pas le magasin qaa’il fautpour composer des images. Les hom-mes occupés île calculs Ou d’affaires épi-neuses, ont d’ordioaire l' imagination sté-rile.
Quand e'le est trop ardente , trop tu-multueuse , elle peut dégénérer en dé-mence ; mais on a remarqué que cettemaladie des organes du cerveau est bienplus souvent le partage de ces imagina,tions pajftves, bornées à recevoir la pro-fonde empreinte des objets, quê de cesimaginations actives & laborieuses quiassemblent & combinent des idées, carcette imagination acli-ve a toujours be-soin du jugement ; l'autre en est indé-pendante.
II n'eíi peut-être pas inutile d’ajouterà cet article, que par ces mots percep-tion, mémoire, imagination, jugement,on n’entend point des organes distincts,dont l’un a le don de sentir, l’autre léressouvient , un troisième imagine , unquatrième juge. Les hommes font plusportés qu’on ne pense à croire que cefont des facultés différentes & séparées ;c’est cependant le même être qui faittontes ces opérations, que nous ne co-.i-noissons que par leurs effets, fans pou-voir rien connoître de cet être. (Cri ar-ticle est de M. de Voltaire.) 1
A la fuite de ce bel article de M. deVoltaire le lelleur ne fera pas fâché detrouver celui de M. de Marmontel. IMA-GINATION. On appelle ainsi cette fa-culté de l’ame qui rend les objets préfens-è la pensée. Elle suppose dins l’enten-dement une appréhension vive & forte,& la facilité la plus prompte à repro-duire ce qu’ii a requ. Quand Vimaginu-tioa ne fait que retracer les objets quiont frappé les sens, elle ne différé de lamémoire que par la vivacité dês couleursQuand de PaiTemblage des traits que lamémoire a recueillis, l’ imagination com-pose ellemême des tableaux dont Pen-sembia n’a point de modelé dans lanature , elle devient créatrice , & c’estalors qu’elle appartient an génie.
II est peu d’hommes en qui la réminis-cence des objets sensibles ne devienne,par la réflexion , par la contention del’esptit, assez vive, assez détaillée pour
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servit de modelé à la poésie. Les enfansmême ont la faculté de se faire une imagefrappante , non-seulement de ee qn’iisont vu, mais de ce aaa’ils ont ouï dired’intéresiant , de pathétique. Tous leshommes passionnés fc peignent avec cha-leur les objets relatifs ail sentiment quiles occupe. La méditation dans íe poètepeut opérer les mêmes effets : c’est ellequi couve les idées L les dispose à lafécondité; & quand il peint faiblement,vaguement, confusément, c’est le plussouvent pour n’avoir pas donné à sonobjet toute i’attention qu’il exige.
Vous avez à peindre un vaisseau battupar la tempête, & sur le point de fairen aufrage. D’abord ce tableau ne se pré-sente à votre pensée qize dans un loin-tain q ail l’effaee ; mais voulez-vous qu’ilvous soit plus présent ? Parcourez desyeux de l’esprit les parties qui le com-posent: dans Pair, dans les eaaax, dansle vaisseau même, voyez ce qui doit fepasser. D ms Pair, des vents mutinésqui se combattent, des nuages qui éclip-sent !e jour , qui se choquent , qui seconfondent, & qui de leurs flancs sillon-nés d’éciairs vomissent la foudre avecun bruit horrible. Dans les eaux, lesvagues écumantes qui s’élevent jus-qu’anx nues , des lames polies commeries glaces qui réfléchissent les feux daciel, des montagnes d’eau suspenduesfur les abîmes oìa le vaisseau paroît s’eti-gloutir , & d’cù il s’élance fur la cimedes flots. Vers la terre, des rochers aigusoù la mer va se briser en mugissant & quiprésentent aux yeux des nochers les dé-bris récens d’un naufrage , augure ef-frayant de leur fort. Dans le vaisseau ,les antennes qu! fléchassent fous l’effortdes voiles , les mâts qui crient & se rom-pent, les flancs même du vaisseau quigémissent battus par les vagues & mena-cent de s’entr'ouvrir ; un pilote éperdudont Part épuisé succombe & fait placea u désespoir ; des matelots accablés d’untravail inutile, & qui suspendus aux cor-dages demandent au ciel avec des cris la-mentables de seconder leurs derniers ef-forts ,• un héros qui les encourage, &qui tâche de leur inspirer la confiancequ’il n’a plus. Voulez-vous rendre cetableau plus touchant & plus terribleencore ? Supposez dans le vaisseau unpere avec son fils unique , des époux »