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Tome douzième.
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LETTRE

qu’elle me paroít plus cruelle encore que le Manichéisme. SiTembarras de l’origine du mal vous forçoit d’altérer quel-qu’une des perfections de Dieu, pourquoi vouloir justifier fapuissance aux dépens de fa bonté ? S’il faut choisir entre deuxerreurs, j’aime encore mieux la premiere.

Vous ne vouiez pas, Monsieur, qu’on regarde votre ouvragecomme un Poëme contre la providence, & je me garderaibien de lui donner ce nom , quoique vous ayez qualifié delivre contre le genre-humain un écrit ( * ) où .je plaidois lacause du genre-humain contre lui-même. Je fais la distinctionqu’il faut faire entre les intentions d’un Auteur & les consé-quences qui peuvent fc tirer de fa doctrine. La juste défensede moi-même m’oblige seulement à vous faire observer qu’enpeignant les miseres humaines , mon but étoit excusable &même louable à ce que je crois. Car je montrois aux hommescomment ils faifoient leurs malheurs eux-mêmes, & par con-séquent comment ils les pouvoient éviter.

Je ne vois pas qu’on puisse chercher la source du mal moralailleurs que dans I’homme libre, perfectionné, partant cor-rompu; & quant aux maux physiques , si la matière sensible &impassible est une contradiction, comme il me le semble, ilssont inévitables dans tout système dont l’homme fait partie,& alors la question n’est point pourquoi l’homme n’est pasparfaitement heureux, mais pourquoi il existe. De plus, je croisavoir montré qu’excepté la mort qui n’est presque un mal quepar les préparatifs dont on la fait précéder, la plupart de nosmaux physiques font encore notre ouvrage. Sans quitter votre

( * ) Le discours fur l’ongine de Pinégalité.

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