A M * * *. lrZ
cette difficulté Í1 terrible ne m’a jamais beaucoup frappé ;soit que je ne l’aye pas bien conçue , soit qu’en effet elle n’aitpas toute la solidité qu’elle paroi t avoir. Nos philosophes sesont élevés contre les entités métaphysiques , & je ne comtoispersonne qui en fasse tant. Qu’entenden£-ils par le mal ? qu’est-ce que le mal en lui-même? où est le mal , relativementà la nature & à son Auteur ? IAmivers subsiste, l’ordre yrégné 6c s’y conserve ; tout y périt successivement, parceque telle est la loi des êtres matériels 6c mus ; mais tout s’yrenouvelle 6c rien n’y dégénéré ; parce que tel est Tordre deson Auteur , 6c cet ordre ne se dément point. Je ne vois aucunmal à tout cela. Mais quand je souffre , n’est-ce pas un mal ?QuancTje meurs, n’est-ce pas un mal? Doucement: je fuissujet à la mort, parce que j’ai reçu la vie. II n’y avoir pour moiqu’un moyen de ne point mourir ; c’étoit de ne jamais naître.La vie est un bien positif, mais fini, dont le terme s’appellemort. Le terme du positif n’est pas le négatif, il est zéro. Lamort nous est terrible, 6c nous appelions cette terreur un mal.La douleur est encore un mal pour celui qui souffre, j’en con-viens. Mais la douleur 6c le plaisir croient les seuls moyensd’attacher un être sensible Sc périssable à sa propre conserva-tion , 6c ces moyens font ménagés avec une bonté digne del’Etre suprême. Au moment même que j’écris ceci, je viensencore cl’éprouver combien la cessation subite d’une douleuraiguë est un plaisir vif 6c délicieux. M’oseroit-on dire que lacessation cìu plaisir le plus vif soit une douleur aiguë ? La doucejouissance de la vie est permanente ; il suffit pour la goûter dene pas souffrir. La douleur n’est' qu’un avertissement, imper-