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Tome douzième.
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A M. D’OFFRE VILLE.

i?S

Vous , Monsieur, vous pensez qu’on doit faire le bien pourle bien même sans aucun retour d’intérêt personnel, que lesbonnes œuvres qu’on rapporte à foi ne font plus des actes devertu mais d’amour-propre j vous ajoutez que nos aumônesfont fans mérite , si nous ne les faisons que par vanité ou dansla vue d’écarter de notre esprit Vidée des miseres de la vie hu-maine , & en cela vous avez raison.

Mais fur le fond de la question, je dois vous avouer que jefuis de l’avis de votre adversaire : car quand nous agissons , ilfaut que nous ayons un motif pour agir, & ce motif ne peutêtre étranger à nous , puisque c’est nous qu’il met en œuvre :il est absurde d’imaginer qu’étant moi, j’agirai comme si j’étoisun autre. N’est-il pas vrai que si l’on vous disoit qu’un corps'est poussé fans que rien le touche , vous diriez que cela n’estpas concevable ? C’est la même chose en morale quand on croieagir sans nul intérêt.

Mais il faut expliquer ce mot d’intérêt ; car vous pourriezlui donner tel sens vous & votre adversaire que vous seriezd’accord sans vous entendre, & lui-même pourroit lui endonner un si grossier qu’alors ce seroit vous qui auriez raison-.

II y a un intérêt sensuel & palpable qui se rapporte unique-ment à notre bien-être matériel, à la fortune , à la considéra-tion , aux biens physiques qui peuvent résulter pour nous dela bonne opinion d’autrui. Tout ce qu’on fait pour un tel inté-rêt ne produit qu’un bien du même ordre, comme un mar-chand fait son bien en vendant sa marchandise le mieux qu’ilpeut. Si j’oblige un autre homme en vue de m’acquérir desdroits fur fa reconnoissance, je ne fuis en cela qu’un marchand

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