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Tome douzième.
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L E T T R E S

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Je pourrois me plaindre qu’une plaisanterie , faite il y a pluSde trente ans, fur le même sujet que Chapelain eut la bêtiíede traiter sérieusement, court aujourd’hui le monde par l’infi-délité &Pinfâme avarice de ces malheureux, qui Pont défiguréeavec autant de sottise que de malice, 8c qui, au bout de trenteans, vendent par-tout cet ouvrage, lequel certainement n’estplus le mien, 8c qui est devenu le leur. J’ajouterois qu’en der-nier lieu, on a osé fouiller dans les archives les plus respec-tables , 8c y voler une partie des mémoires que j’y avois misen dépôt, lorsque j’étois Historiographe de France , & qu’ona vendu à un Libraire de Paris le fruit de mes travaux. Jevous peindrois Pingratitude , Pimposture, 8c la rapine me pour-suivant jusqu’aux pieds des Alpes, 8c jusqu’au bord de montombeau.

Mais, Monsieur, avouez aussi que ces épines attachées à lalittérature 8c à la réputation, ne font que des fleurs en com-paraison des autres maux qui de tous tems ont inondé la terre.Avouez que ni Cicéron, ni Lucrèce , ni Virgile , ni Horace, nefurent les auteurs des proscriptions de Marins, de Sylla , de cedébauché d’Antoine, de cet imbécille Lépide, de ce tyran fanscourage Octave Cepias surnommé si lâchement Auguste.

Avouez que le badinage de Marot n’a pas produit la St. Bar-thelemi, 8c que la tragédie du Cid ne causa pas les guerres dela Fronde. Les grands crimes n’ont été commis que par decélébrés ignorans. Ce qui fait 8c fera toujours de ce mondeune vallée de larmes, ç’est Pinfatiable cupidité 8c Pindomptableorgueil des hommes , depuis Thamas Kouli-Kan qui ne savoirpas lire , jusqu’à un commis de la douane qui ne fait que chiffrer.

Les