Band 
Tome douzième.
JPEG-Download
 

DIVERSES.

255

cher quelque lieu sauvage dans la forêt, quelque lieu désertoù rien ne montrant la main des hommes , n’annonçât la ser-vitude ôc la domination, quelque asyle où je puise croire avoirpénétré le premier , ôc où nul tiers importun ne vînt s’inter-poser entre la nature ôc moi. C’étoit là qu’elle sembloit dé-ployer à mes yeux une magnificence toujours nouvelle. L’ordes genêts , Ôc la pourpre des bruyères frappoient mes yeuxd’un luxe qui touchoit mon cœur ; la majesté des arbres quime couvroient de leur ombre , la délicatesse des arbustes quim’environnoient, bétonnante variété des herbes ôc des fleursque je foulois sous mes pieds, tenoient mon esprit dans unealternative continuelle d’observation ôc d’admiration : le con-cours de tant d’objets intéressans qui se diíputoient mon at-tention , m’attirant sans cesse de bun à l’autre, favorisoit monhumeur rêveuse ôc paresseuse , ôc me faisoit souvent redire enmoi-même ; non , Salomon dans toute fa gloire ne fut jamaisvêtu comme bun d’eux.

Mon imagination ne laissoit pas long-tems déserte la terreainsi parée. Je la peuplois bientôt d’êtres selon mon cœur, 6cchassant bien loin l’opinion, les préjugés , toutes les passionsfactices , je transportois dans les asyles de la nature , deshommes dignes de les habiter. Je m’en formois une sociétécharmante dont je ne me sentois pas indigne , je me faisoisun siecle d’or à ma fantaisie , ôc remplissant ces beaux joursde toutes les scenes de ma vie , qui m’avoient laissé de douxsouvenirs , ôc de toutes celles que mon cœur pouvoit desirerencore, je m’attendrissois jusqu’aux larmes fur les vrais plai-sirs de l’humanité , plaisirs si délicieux, si purs, 6c qui font