166
LETTRES
*
sont fondés fur nos vices ne tomberont qu’avec eux ; vousvoulez commencer par apprendre aux hommes la vérité pourles rendre sages, 6c tout au contraire, il faudroit d’abord lesrendre sages pour leur faire aimer la vérité. La vérité n’a pres-que jamais rien fait dans le monde , parce que les hommesse conduisent toujours plus par leurs passions que par leurslumières, 6c qu’ils font le mal approuvant le bien. Le siécleoù nous vivons est des plus éclairés, même en morale ; est—ildes meilleurs ? Les livres ne font bons à rien, j'en dis autantdes académies 6c des sociétés littéraires ; on ne donne jamaisà ce qui en sort d’utiîe, qu'une approbation stérile ; fans celala nation qui a produit les Fenelons, les Montesquieux, lesMirabeaux, ne seroit-elle pas la mieux conduite 6c la plusheureuse de la terre? En vaut-elle mieux depuis les écrits deces grands hommes, 6c un seul abus a-1-il été redressé furleurs maximes ? Ne vous flattez pas de faire plus qu’ils n’ontfait. Non, Messieurs, vous pourrez instruire les peuples, maisvous ne les rendrez ni meilleurs ni plus heureux. C’est unedes choses qui m’ont le plus découragé, durant ma courtecarrière littéraire, de sentir que, même me supposant tousles talens dont j’avois besoin, j’attaquerois fans fruit des erreurs.funestes, 6c que quand je les pourrois vaincre les choses n’eniroient pas mieux. J’ai quelquefois charmé mes maux en satis-faisant mon cœur, mais fans m’en imposer sur l’esset de messoins. Plusieurs m’ont lu , quelques-uns m’ont approuvémême, 6c comme je l’avois prévu, tous sont restés ce qu’ilsétoient auparavant. Messieurs, vous direz mieux 6c davantage,mais vous n’aurez pas un meilleur succès, 6c au lieu du bien-
I