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Tome douzième.
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LETTRES

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on dit qu’étoient celles de Pancienne Rome. On ne croît plusparcourir des déserts quand on trouve des clochers parmiïes sapins , des troupeaux fur des rochers, des manufacturesdans des précipices, des atteliers fur des torrens. Ce mélangebizarre a je ne fais quoi d’animé, de vivant, qui respire la li-berté, le bien-être, & qui fera toujours du pays où il fe trouveun spectacle unique en son genre , mais fait seulement pourdes yeux qui sachent voir.

Cette égale distribution vient du grand nombre de petitsEtats qui divisent les Capitales, de la rudesse du pays, quirend les transports difficiles, Sc de la nature des productions,qui, consistant pour la plupart en pâturages , exige que la con-sommation s’en fasse fur les lieux mêmes, & tient les hommesauffi dispersés que les bestiaux. Voilà le plus grand avantage dela Suisse, avantage que ses habitans regardent peut-être commeun malheur, mais qu’elle tient d’elle feule , que rien ne peutlui ôter ; qui malgré eux contient ou retarde le progrès duluxe & des mauvaises mœurs , & qui réparera toujours à lalongue bétonnante déperdition, d’hommes qu’elle fait dansles pays étrangers. /

Voilà le bien : voici le mal amené par ce bien même. Quandles Suisses, qui jadis vivant renfermés dans leurs montagnesfe fuffifoient à eux-mêmes , ont commencé à communiqueravec d’autres nations, ils ont pris goût à leur maniéré de vivreSc ont voulu Pimiter ; ils fe font apperçus que l’argent étoitune bonne chose Sc ils ont voulu en avoir ; fans productionsSc fans industrie pour l’attirer , ils fe font mis en commerceeux-mêmes, ils fe font vendus en détail aux puissances , ils

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