Band 
Tome douzième.
JPEG-Download
 

DIVERSES.

gans, défìans, jaloux, curieux, avares , & léur avarice con-tient plus leur luxe que ne fait leur simplicité. Ils font ordi-nairement graves & flegmatiques, mais ils font furieux dansla colere, &c leur joie est une ivresse. Je n’ai rien vu de stgai que leurs jeux. II est étonnant que le peuple Fran-çois danse tristement, languissamment, de mauvaise grâce ,& que les danses suisses soient sautillantes & vives. Les hom-mes y montrent leujr vigueur naturelle & les filles y ont unelégéreté charmante : on diroit que la terre leur brûle lespieds.

Les Suisses font adroits &c rusés dans les affaires : les Fran-çois qui les jugent grossiers font bien moins déliés qu’eux ; ilsjugent de leur esprit par leur accent. La Cour de France atoujours voulu leur envoyer des gens fins & s’est toujours trom-pée. A ce genre d’efcrime ils battent communément les Fran-çois : mais envoyez-leur des gens droits &c fermes, vous ferezd'eux ce que vous voudrez , car naturellement ils vous aiment.Le Marquis de Bonnac qui avoit tant d’efprit, mais qui paf-foit pour adroit n’a rien fait en Suisse, & jadis le Maréchalde Bassompierre y faifoit tout ce qu’il vouloir, parce qu’il étoitfranc, ou qu’il passoit chez eux pour l’être. Les Suisses né-gocieront toujours avec avantage, à moins qu’ils ne soientvendus par leurs magistrats, attendu qu’ils peuvent mieux sepasser d’argent que les Puissances ne peuvent se passer d’hom-mes ; car pour votre bled , quand ils voudront ils n’en aurontpas besoin. II faut avouer aussi que s’ils font bien leurs trai-tés , ils les exécutent encore mieux , fidélité qu’on ne se piquepas de leur rendre.

Oo i