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Tome douzième.
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LETTRES

l’exécution vous fera d’abord très-pénible , il faudroit beau-coup changer vos directions. Cela demanderoit d’y bien pen-ser , avant de se mettre à l’ouvrage. Je suis malade , occupé,abattu , j’ai l’esprit lent ; il me faut des efforts pénibles poursortir du petit cercle d’idées qui me font familières, & rienn’en est plus éloigné que votre situation. II n’est pas juste queje me fatigue à pure perte ; car j’ai peine à croire que vousvouliez entreprendre de refondre, pour ainsi dire , toute votreconstitution morale. Vous avez trop de philosophie pour nepas voir avec effroi cette entreprise. Je défefpérerois de vous ,si vous vous y mettiez aisément. N’allons donc pas plus loinquant à présent. II suffit que votre principale question est ré-solue : suivez la carrière des Lettres. II ne v.ous en reste plusd’autre à choisir.

Ces lignes que je vous écris à la hâte, distrait & souffrant,ne disent peut-être rien de ce qu’il faut dire : mais les erreursque ma précipitation peut m’avoir fait faire, ne font pasirréparables. Ce qu’il falloit avant toute chose, étoit de vousfaire sentir combien vous m’intéreffez ; Sc je crois que vousn’en douterez pas en lisant cette lettre. Je ne vous regardoisjusqu’ici que comme une belle penseuse qui, si elle avoit reçuun caractère de la nature , avoit pris foin de l’étouffer , dei’anéantir fous l’extérieur ; comme un de ces chefs - d’œuvrejettes en bronze , qu’on admire par les dehors, Sc dont le de-dans est vide. Mais si vous savez pleurer encore sur votre état,il n’est pas fans ressource ; tant qu’il reste au cœur un peu d’é-toffe, il ne faut désespérer de rien.