>46 LETTRE^
ou elle restera dans une réserve qui doit me servir de réglé tëc alors n’ayant point fhonneur d’être connu d’elle, de queldroit m’ingérer à lui donner des leçons ? La lettre ci-jointeest écrite dans cette vue êc prépare les matières dont nousaurons à traiter íì ce texte lui agrée. Disposez de cette lettre ,je vous supplie , pour la donner ou la supprimer selon qu’il vousparoítra plus convenable.
En vérité, Monsieur, je fuis enchanté de vous & de votredigne épouse. Qu’aimable & tendre doit être un mariqui peint sa femme sous des traits si charmans. Elle peutvous aimer trop pour votre repos , mais jamais trop pourvotre mérite, ni vous , Faimer jamais assez pour le sien.Je ne connois rien de plus intéressant que le tableau de votreunion, ôc tracé par vous - même. Toutefois voyez que fansy songer vous n’ayez donné peut - être à fa délicatesse quel-*que raison particulière de craindre votre éloignement.Monsieur , les cœurs sensibles font faciles à blesser , toutles alarme , 6c ils font d’un si grand prix qu’ils valentbien les peines qu’on prend à les contenter. Les foins amou-reux de nouveaux époux bientôt se relâchent.. Les témoi-gnages d’un attachement durable, fondé fur l’estime & fur lavertu, font moins frivoles & font plus d’esset. Laissez à votrefemme le plaisir de sacrifier quelquefois fes goûts aux vôtres,mais qu’elle voye toujours que 'vous cherchez votre bonheurdans le sien, 6c que vous la distinguez des autres femmes pardes fentimens à fépreuve du tems. Quand une fois elle fera.bien convaincue de la solidité de votre attachement, elle n’aurapas peur que vous lui soyez enlevé par des folles. Pardon,
«