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Tome douzième.
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LETTRES

qu’il dut trouver fort naturelle s’il étoit coupable , mais fortextraordinaire s’il ne l’étoit pas : car quoi de plus extraordi-naire qu’une lettre pleine à la fois de gratitude fur fes ser-vices ôc d’inquiétude fur fes sentimens , ôc où, mettant, pourainsi dire, fes actions d’un côté ôc fes intentions de l’autrè, aulieu de parler des preuves d’amitié qu’il m’avoit données , jele prie de m’aimer à cause du bien qu’il m’avoit fait ? Je n’aipas pris mes précautions d’aífez loin peur garder une copiede cette lettre , mais, puifqu’il les a prises lui, qu’il la montre,Ôc quiconque la lira, y voyant un homme tourmenté d’unepeine sécrété , qu’il veut faire entendre ôc qu’il n’ofe dire , feracurieux, je m’assure, de savoir quel éclaircissement cette lettreaura produit, sur-tout à la suite de la scene précédente. Aucun,rien du tout. M. Hume se contente, en réponse, de me parlerdes soins obligeans que M. Davenport fe propose de prendreen ma faveur. Du reste , pas un seul mot fur le principal sujetde ma lettre , ni fur l’état de mon cœur dont il devoir íì bienvoir le tourment. Je fus frappé de ce silence, encore plus queje ne l’avois été de son flegme à notre dernier entretien. J’avoistort, ce silence étoit fort naturel après l’autre , ôc j’aurois dûm’y attendre. Car quand on a osé dire en face à un homme :je suis tenté de vous croire un traître , Ôc qu’il n’a pas la cu-riosité de demander fur quoi , l’on peut compter qu’il n’aurapareille curiosité de fa vie, ôc pour peu que les indices lechargent, cet homme est jugé.

Après la réception de fa lettre qui tarda beaucoup, je prisenfin mpn parti, ôc résolus de ne lui plus écrire. Tout meconfirma bientôt dans la résolution de rompre avec lui tout

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