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Tome second.
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DE LOUIS XIV. LIV. XIII. 99

T E L L e étoit la situation des' affaires & des esprits, lorsque le tems dela Majorité arriva. La Reine l’attendoit avec les dernières impatien-ces , le regardant comme la fin de ses peines, le commencement defa tranquilité & du rétablissement de l’autorité Roïale. Elle se trompa.Les agitations furent plus violentes qu’elles n’avoient encore été, maisauíìì elle eût beaucoup plus de liberté & de force pour les réprimer.On s’efforça de donner à cette auguste cérémonie tout l’éclat qu’ellepouvoit avoir. Le jeune Roi , qui dès lors ne perdoit rien à se mon-trer , monta à cheval ; son cortège étoit aussi magnifique que nombreux ;son air de grandeur, sa taille avantageuse par rapport à son âge, sonadresse à manier son cheval , lui attirèrent tous les regards & lui atta-chèrent tous les coeurs. Les peuples firent éclatter leurs sentimens parmille cris de joye. 11 fût reçu en la manière accoûtumée par íìx Pré-sidens & quatre Conseillers, qui de la S c . e Chapelle le conduisirent fur sontrône. II dit d’un ton ferme, qu’il venoit en son Parlement pour leurdire, que suivant la Loi de son Etat il en vouloit lui-même prendre leGouvernement, & qu’il espéroit de la bonté de Dieu que ce seroit avecpiété & justice.

Le Chancelier parla ensuite fort judicieusement. II dit en substan-ce , que fi les événemens répondoient aux souhaits & aux intentionsdes Souverains, leurs Roïaumes seroient heureux & comblés de béné-dictions ; mais que Pincertitude des affaires humaines , les différentespensées & intérêts de ceux qui ont part au Gouvernement empêchentsouvent le succès. Ainíì Louis treize se proposoit de donner à sespeuples une paix glorieuse lorsqu’il fût prévenu par la mort; de sorteque la Reine s’étoit vûë obligée dans le commencement de fa Régencede soûtenir une guerre qu’elle n’avoit point commencée, dont les suc-cès , ajouta-t-il, ont été tels pendant les cinq prémières années , quenous avons entre nos mains les marques des Victoires qui ont été rem-portées fur les Ennemis. Les brouilleries qui sont arrivées dans l'Etat,depuis trois ans ; les différentes factions qui ont divisé les espritsont auffi arrêté le cours de la fortune Roïale ; mais la Majoritérassemblera tout sous Pautorité d’un seul Maître , & fera cesser toutessortes de prétextes. 11 félicita la Nation d’avoir un Roi de fi grandeespérance ; il la fit souvenir des obligations qu’elle avoit à la Reine &au Duc d’Orléans. II dit que Pabsence du Prince de Coudé lui fermoitla bouche, mais qu’il y avoit tout sujet d’espérer qu’il se rendroit au-près du Roi pour lui rendre l’obéïssance qu’il lui devoit, & pour servirl’Etat auffi utilement qu’il étoit capable de le faire.

La Reine en se démettant de Pautorité souveraine parla en ces ter-mes. „ Monsieur, voici la neuvième année que par la volonté „dernière du défunt Roi, mon très-honoré Seigneur, j’ai pris le soin de „vôtre éducation & du Gouvernement de vôtre Etat ; Dieu aïant par fa „bonté donné bénédiction à mon travail, & conservé vôtre person- „ne qui m’est si chère & si précieuse & à tous vos sujets. A présent „

N z » que

I6f I.La Roi eítdéclaré Ma-jeur.

Motteville jTom. 4. p.19S.