214
H I S T O IRE
I6s2.
En Catalo-gne.
roit leurs conquêtes. Tandis qu’on avoit été aux prises avec le Princede Coudé, ils avoient fait en Flandre ce qu’ils avoient voulu. L’Ar-chiduc à la tête d’une Armée de trente mille hommes assiégea Graveli-nes ; il la battit avec trente pièces de canon , & s’en rendit maîtreaprès foixante-neuf jours de tranchée ouverte, II prit aussi Mardickqu’on avoit abandonné, n’aïant point assez de troupes pour le garder.II assiégea Dunkerque au commencement d’août. L’importance de cet-te Place engagea à faire les efforts , dont on étoit capable, dans la tri-ste íìtuation où l’on étoit, pour la secourir. Les forces de terre étantoccupées contre les rébelles, le Duc de Vendôme Grand Amiral eutordre d’armer ce qu’il pourroit de vaisseaux , afin de la dégager. Déjail étoit dans la Manche à la hauteur de Calais ; mais, pour comble dedisgrâces, il fut surpris par la flotte Angloife , qui, fous pretexte de re-présailles , l’attaqua & lui prit tous fes vaisseaux, à la referve de trois,qui fe sauvèrent à Flessingue. La vraïe raison de cette surprise étoit,que les Anglois aimoient beaucoup mieux Dunkerque entre les mainsdes Espagnols que des François, & que, d’ailleurs, Cromwel étoit bienaise d’obliger les derniers à rechercher son alliance. Le Comte d’Estra-des qui défendoit cette Place, n’eípérant plus de secours, la rendit leseize septembre après trente-neuf jours de tranchée ouverte.
On fût encore plus malheureux en Catalogne. La désertion duComte de Marcin, qui en avoit emmené à la fin de saunée dernière cequ’il avoit pû de troupes, pour aller joindre le Prince de Coudé enGuienne, y avoit causé des désordres infinis. Le Maréchal de la Mo-the , qui avoit pris fa place, ne pût y remédier. II trouva Barcelonne as-siégée par mer & par terre. II ne pût y entrer que la nuit du vingt-deuxau vingt-trois d’avril, avec six cens hommes de pied & quelque cavalerie.Sa présence ranima le Peuple ; mais ne remédia point à la disette des vi-vres , qui étoit déjà fort grande. A force de demander du secours, leChevalier de Ferrières eut ordre d’équiper quelques vaisseaux; il arrivavers la fin de juillet à la vuë de Barcelonne. Le Peuple se croioit dé-livré. Le vent étoit fort & favorable , on ne doutoit pas que les Ga-lères d’Espagne ne fussent battues & dissipées ; mais ce Commandantborna ses exploits à faire passer quelques barques chargées de vivres, &s’en retourna en Provence. On le blâma fort, mais lès vaisseaux étoientsi mal équipés qu’il ne pouvoit rien entreprendre.
L e Marquis de St. André Montbrun essaya d’attaquer les lignes, ilfût repoussé & contraint de se retirer à Gironne. Le Maréchal de laMothe fût aussi fort maltraité dans les sorties qu’il fit. L’Espagne avoitdes Partisans dans cette Place. Le manque de vivres , le désordre des af-faires de France, qu’ils n’ignoroient pas, les enhardirent. Ils osèrent s assem-bler , & dirent tout haut, que puisqu’on n’avoit point de secours à attendre,il étoit tems de traiter. Le Maréchal de la Mothe y consentit. II obtint laCapitulation la plus honorable pour lui & pour les Troupes Françoises,une Amnistie pleine & entière pour les habitans , avec la conservation deleurs Privilèges. L a