DE LOUIS XIV. LIV. XX. 397
partout à la France ; qu’il n’y avoit aucune contestation à faire sur cetarticle , & que, quand par un malheur qu’on ne prévoioit pas, on au-roit perdu tout son monde, on défendroit seul le droit de son Maîtrejusqu’à la dernière goûte de son sang.
Pendant ces discours, tout ce qu’il y avoit de François à la Hayeaccoururent au secours de Mr. de Thou. L’artillerie du Comte de Ga-marre arriva ; on étoit prêt à se charger. Déjà les épées étoient tirées& les mousquetons bandés; une foule de peuple s’étoit amassée pourvoir le combat. Quelqu’un des Magistrats, ou plutôt du Corps de l’E-tat, voyant le commencement de la quérelle, avoit envoyé chercher unepartie de la Garde, qui n’étoit pas éloignée. C’étoit de l’infanterie ; el-le arriva à te ms. On la porta entre les deux carosses, & à l’entour. Leprémier Député de la Noblesse de Hollande, nommé Mr. Bevrevortentreprit de terminer la quérelle. 11 proposa à ces Messieurs de s’en re-tourner chacun de leur côté. Le Comte de Gamarre , qui ne cherchoitqu’à ne pas céder & à avoir quelque forte d’égalité , accepta la proposition.Mr. de Thou la rejetta, & dit , que l’Ambassadeur d’Espagne ne devoitprétendre avec lui aucune compétence ; que la France étant partout enpossession de la préséance, c’étoit une entreprise ridicule que de la luicontester; que la chose étoit si notoire, qu’il savoit sûrement que le RoiCatholique avoit donné ordre à ses Ambassadeurs d’éviter avec foin larencontre de ceux de France, qu’en un mot il y alloit de fa tête & deIon honneur, & qu’il lui falloit, ou passer, ou périr. On imagina plu-sieurs autres expédiens. L’Ambassadeur d’Espagne approuva tout ce quipouvoit le tirer du mauvais pas où il s’étoit engagé ; celui de France »qui sentoit la bonté de sa Cause, fût toujours ferme & inébranlable.
Apres quatre heures de contestations, on proposa à Mr. de Ga-marre de se retirer au-travers de la grande allée & d’y faire deux ouver-tures. II fit d’abord le difficile. II se rendit pourtant, afin de cacher sahonte sous de fausses apparences d’honneur. Mr. de Thou , qui s’embar-rassa peu par où l'on rival se retirât pourvu qu’il eût le passage libre ,agréa cet expédient. On rompit la barrière, & l’endroit où se fit cetteouverture s’est longtems appelle le trou Gamarre. L’Ambassadeur de Fran-ce fier de fa victoire, acheva tranquillement fa promenade, tandis que ce-lui d’Espagne retourna précipitamment se cacher dans son hôtel.
Pour empêcher que la quérelle ne recommençât, Messieurs desEtats députèrent à Mr. de Thou, de vouloir convenir avec l’Ambassa-deur d’Espagne du côté par où ils entreroient au Cours, afin que ledernier qui y viendroit, le trouvant obligé par la nécessité du chemin desuivre la même ligne, on ne vît plus renaître entr’eux de pareils démê-lés. II répondit comme il avoit tait la veille, qu’il ne vouloit ni égali-té , ni concurrence avec l’Ambassadeur d’Espagne ; qu’il ne le cherche-roit, ni ne l’éviteroit ; que cependant à leur considération, il vouloitbien choisir le côté par lequel il entreroit déformais au Voorhout, ( c’éstle nom Hollandois de cette promenade) de manière .qu’il auroit labarrière à la main droite, & que fur cet arrangement Mr. de Gamarre
D d d 3 pou-
I6í7*
L’Ambassa-deur deFrance a ledessus.