DE LOUIS XIV. LIV. XXIII.
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chagrin de voir , que ces Provinces auroient fourni au-delà peut-être dela récompense qu’on avoit exigée.
T and i s qu’on joiiissoit des douceurs de la paix, & qu’on ne refpiroitque la joie & les plaisirs, le Cardinal, qui l’avoit procurée, voioit fasin approcher. A la fin de novembre , il tomba dans une maladie delangueur. L’humeur goûteuse abandonna les parties extérieures & ferenferma au-dedans, cequi lui causa des étouffemens, qui passèrentquelque tems pour des vapeurs. Les Médecins le purgèrent souvent, &comme par ce moyen ils le soulageoient sans le guérir , on connutmalgré leur dissimulation , que c’étoit humeur , & que cette humeurvenoit d’une très mauvaise source. „ Cependant, dit Madame de Mot-teville, l’état où il étoit ne l’empêchoit pas de penser à ses trésors, & „on remarqua que dans ses momens de relâche il s’occupoit à peser des „pistoles qu’il avoit gagnées , pour remettre au jeu les plus legères “.
Son avarice étoit telle, que la Reine étoit souvent fans argent. Tou-te la dépense de sa Maison se saisoit par les ordres de Colbert , quiépargnoit fur toutes choses. Cette Princesse n’avoit pas même de quoijouer , car on ne lui donnoit alors que mille écus par mois, somme fixéede tout tems pour les menus plaisirs des Reines , & pour leurs aumô-nes ; mais comme le jeu étoit fort à la mode , & en même tems rui-neux , cette somme étoit bientôt finie. Le jour des Etrennes , onavoit toujours donné à la Reine mère, du tems de Louis treize, dou-ze mille écus ; la Reine n’eut que dix mille livres. Cette différence luidéplut ; elle s’en plaignit à la Duchesse de Navailles fa prémière Da-me d’honneur. Celle-ci , qui devoir au Cardinal son élévation & cellede son mari , l’en avertit , lui conseilla d’en mieux user avec sa Maî-tresse , ajoutant, qu’elle étoit sensible , & qu’elle connoissoit le bien &le mal qu’on lui saisoit , & que la Reine mère approuvoit ses plaintesà cet égard. IIrépondit, que la Reine auroit de l’argent quand il luiplairoit d’en demander, & parut fort en colère contre la Reine mère.Î-Jelas ! s’écria-t-il, sieste làvoit d’où vient cet argent, & que c’ést „le sang du peuple, este n’en seroit pas si libérale ".
Ces sentimens étoient justes, & n’auroient pû passer que pour infini-ment raisonnables ; mais il ne lui convenoit nullement d’en faire para-de ; lui qui jouoit tous les jours trois ou quatre mille pistoles , qui avoittout l’argent de France dans ses coffres, qui laissoit jouer à fa nièce la Com-tesse de boissons des sommes immenses, qui pilloit tout, & laissoit exer-cer fur les peuples les plus énormes voleries qui se soient jamais faites ,devoit-il avoir la hardiesse de reprocher à fa bienfaitrice qu’elle abu-sent du sang du peuple ? L’avarice & l’amour de la gloire , ou plutôt ,l’ambition & l’envie de dominer avoient été ses passions favorites, & illes avoit satisfaites. II mourut Maître de la France , & plus richequ’aucun particulier n’a jamais été , ni même pû être ; on en feraconvaincu lorsqu’on verra le détail des biens qu’il laissa à fa famille, &des dispositions qu’il fit par son testament.
1660 .Suite de lamaladie daCardinalMazarin.
Son avarice.Choisy,p. g j.Montglat ,tain. 4 .pag.
251.
Montpenfîer,tom. ;. pag.140.
Motteville ,tom. 5. pag.157 -
Histoire duCardinalMazarin,tom. 2. pag.597 -
Ibid. p. m-
Depuií