40 HISTOIRE
Son dessein étoit de se venger de Mademoiselle de la Valière & de laDame d’honneur, deux personnes, que le changement du Roi pour elle& Tintérét de fa Charge lui rendoient odieuses. Elle ne réussit qu’enpartie. Le Monarque fût véritablement piqué contre la Duchesse deNavailles; mais comme jl avoit un pouvoir merveilleux fur lui-même,qu’un reste d’amour pour son épouse & de respect pour sa mère lui fai-íòient craindre l’éclat, il dissimula son ressentiment sous la raillerie & lemépris, 11 dit assez publiquement, qu’il ne s’étoit attaché à cette avan-ture que pour lui faire dépit, & qu’elle étoit trop fanfaronne fur la vertu,II lé plaignit pourtant au Duc de Navailles de ce qu’il ne retenoit pas fafemme, & le blâma de ce qu’il paroissoit approuver fa conduite. Ma-dame de Motteville dit, qu’elle est persuadée, que fans les intrigues dela Comtesse de Soissons, la raison & la bonté du Prince auroient aisé-ment effacé tout ce que fa mémoire auroit pû lui réprésenter contredes gens de bien qu’il estimoit, & que son estime auroit fans doute triom-phé de fa haine. 11 la combattit en effet íì bien , malgré les soins qu’onprit de l’irriter, que ce ne fût que deux ans après qu’il fe détermina àla satisfaire.
Elle sc rend Mademoiselle de la Valière, que cette rivale désoîoit, profitaMonar^ue^ 11 ^ vertu outrée de la Duchesse de Navailles; & fe servit de ses char-jkìd^pag.' nies avec tant de succès, que malgré les artifices de la Comtesse de-8<>. Soissons, & de ceux qui la íècondoient, elle régna feule dans le coeur de
son Amant. On dit que ce qui contribua beaucoup à fixer la destinée deMademoiselle de la Valière, fût que sa rivale balança quelque tems enfaveur de la vertu , & qu’elle au-contraire ayant alors cessé de fe défendre,vainquit par fa foibleífe , & triompha de celle qui lui diiputoit le cœurde ce grand Prince.
Soupçons de Tandis que Louis fe laissoit conduire à ses désirs, la Reine sonla Reine. Epouse souffroir beaucoup ; quelque soin qu’on prît de lui cacher sesgalanteries, elle les soupçonnoit. La première année de son mariage , ilavoit eu pour elle une vraie tendresse , & avoit répondu à la passion légi-time qu’elle avoit pour lui. Aussitôt que ces fentimens diminuèrent, elles’en apperçut bien-vîte ; elle n’eút pas besoin de confidente pour l’avertir dece secret ; avant que d’en connoître la cause elle en sentit les effets, & ditsouvent à la Reine-mère en répandant des torrens de larmes, qu’elle n’é-toit plus aimée. En vain garda-t’on le secret, son propre cœur lui fitconnoître, sans pourtant le lui apprendre précisément, que Mademoiselle... de la Valière étoit la cause de ses chagrins ; elle s’en ouvrit à Madame detom. e ™pag, Motteville. Cette fille , lui dit cette Princesse, qui a des pendans d oreillesa8i. ' de diamant, est celle que le Roi aime. Ces pendans d’oreilles en effet suffi-Bujjì,dam les soient pour trahir le secret; rien n’étoit plus magnifique „ ils a voient coûtéDa'mes ìUul- cinquante mille écus. Madame de Motteville fût fort surprise de ce dis-treTde Fmn- cours, car ce secret étoit alors la grande affaire de la Cour. Elle ré-ce, tom. i. pondit confusément, &, prenant la thèse générale, tâcha de lui persua-das. der, que tous les maris, fans cesser d’aimer leurs femmes, sont pour
l’ordi-
l66z.
Ibid. pag.- 79 .