CHANT CINQUIEME. 119
Quand pourrai-je, dit-il, au gré de ma jufticeRécompenfer ton zèle et payer ton fervice ?
En lui difant ces mots il lui tendait les bras :
Le monftre au même inftant tire fon coutelas,
L’en frappe, et dans le flanc l’enfonce avec furie.
Le fang coule, on s’étonne, on s’avance, on s’écrie:Mille bras font levés pour punir PaRaffin.
Lui fans baiffer les yeux les voit avec dédain;
Fier de fon parricide et quitte .envers la France ,
Il attend à genoux la mort pour récompenfe:
De la France et de Rome il croit être l’appui;
11 penfe voir les cieux qui s’entr’ouvrent pour lui;
Et demandant à Dieu la palme du martyre ,
Il bénit, en tombant, les coups dont il expire.
Aveuglement terrible, affreufe illufion îDigne à la fois d’horreur et de compaffion,
Et de la mort du roi moins coupable peut-êtreQue ces lâches docteurs, ennemis de leur maître,Dont la voix répandant un funefte poifon,
D’un faible folitaire égara la raifon.
Déjà Valois touchait à fon heure dernière,
Ses yeux ne voyaient plus qu’un relie de lumière;
Ses courtifans en pleurs, autour de lui rangés,
Par leurs deffeins divers en fecret partagés,
D’une commune voix formant les mêmes plaintes,Exprimaient des douleurs, ou fincères ou feintes.Quelques-uns, que flattait l’efpoir du changement,Du danger de leur roi s’affligeaient faiblement;
Les autres, qu’occupait leur crainte intéreffée,Pleuraient au lieu du roi leur fortune palfée.
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