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Tome dixième
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334 DES DIFFEREES GOUTS

parce que leur nature eft toujours la même ; maisprefque tous les ouvrages des hommes changent ainfique l’imagination qui les produit. Les coutumes, leslangues, le goût des peuples les plus voifins diffèrent.Que dis-je, la même nation n’eftplus reconnaiffable-au bout de trois ou quatre fiècles. Dans les arts quidépendent purement de l’imagination, il y a autantde révolutions que dans les Etats ; ils changent enmille manières tandis qu’on cherche à les fixer.

La mufique des anciens Grecs, autant que nousen pouvons juger, était très - différente de la nôtre.Celle des Italiens d’aujourd’hui n’eft plus celle deLuigi et de Carijfimi: des airs perfans ne plairaientpas affiirément à des oreilles européennes. Mais fansaller fi loin , un Français accoutumé à nos opéra nepeut s’empêcher de rire la première fois qu’il entenddu récitatif en Italie : autant en fait un Italien àl’opéra de Paris ; et tous deux ont également tort, neconfidérant point que le récitatif n’eft autre chofequ’une déclamation notée, que le caractère des deuxlangues eft très-différent, que ni l’accent ni le ton nefont les mêmes ; que cette différence eft fenfible dansla converfation, plus encore furie théâtre tragique,etdoit par conféquent l’être beaucoup dans la mufique. .Nous fuivons à peu près les règles d’architeçture deVitruve ,• cependant les maifons bâties en Italie parPalladio , et en France par nos architectes, ne reffem-blent pas plus à celles de Pline et de Cicéron quenos habillemens ne reffemblent aux leurs.

Mais, pour revenir à des exemples qui aient plusde rapport à notre fujet, qu’était la tragédie chez lesGrecs? un chœur, qui demeurait prefque toujours