172
LE FANATISME.
Ce matin, comme otage à fes yeux préfenté,J’admirais fa nobleffe et fon humanité :
Je Tentais qu’en fecret une force inconnueEnlevait jufqu’à lui mon ame prévenue.
Soit refpect pour fon nom, foit qu’un dehors heureuxMe cachât de fon cœur les replis dangereux;
Soit que dans ces momens où je t’ai rencontrée,
Mon ame toute entière à fon bonheur livrée,
Oubliant fes douleurs, et chaffant tout effroi,
Ne connût; n’entendît, ne vît plus rien que toi;
Je me trouvais heureux d’être auprès de Zopire.
Je le hais d’autant plus qu’il m’avait lu féduire;
Mais, malgré le courroux dont je dois m’animer,Qu’il eft dur de haïr ceux qu’on voulait aimer 1
P A L M I R E.
Ah! que le ciel en tout a joint nos deftinées !
Qu’il a pris foin d’unir nos âmes enchaînées !
Hélas! fans mon amour, fans ce tendre lien,
Sans cet inftinct charmant qui joint mon cœur au tien,Sans la religion que Mahomet m’infpire,
J’aurais eu des remords en accufant Zopire.
SEIDE.
Laiffons ces vains remords, et nous abandonnonsA la voix de ce dieu qu’à l’envi nous fervons.
Je fors. Il faut prêter ce ferment redoutable;
Le dieu qui m’entendra nous fera favorable ;
Et le pontife roi, qui veille fur nos jours,
Bénira de fes mains de fi chaftes amours.
Adieu. Pour être à toi, je vais tout entreprendre.