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EPI T RE A MADAME
tragédies. L’admiration, l’enthoufiafme dont il étaitfaifi, lui infpiraitdes expreffions qui répondaient à lamale etharmonieufe énergie des vers grecs, autantqu’il eftpoffible d’en approcher dans la proie d’unelangue à peine tirée de la barbarie, et qui, polie partant de grands auteurs , manque encore pourtant deprécifion, de force et d’abondance. On fait qu’il efl.impoffible de faire palfer dans aucune langue modernelavaleurdese-xprefïionsgrecques; elles peignent d’untrait ce qui exige trop de paroles chez tous les autrespeuples. Un feul terme y fuffît pour repréfenter ouune montagne toute couverte d’arbres chargés defeuilles, ou un dieu qui lance au loin fes traits , oules fommets des rochers frappés fouvent de la foudre.Non-feulement cette langue avait l’avantage de rem-plir d’un mot l’imagination ; mais chaque terme,comme on fait, avaitunemélodie marquée, etcharmaitl’oreille, tandis qu’il étalait à l’efprit de grandes pein-tures. Voilà pourquoi toute traduction d’un poètegrec eft toujours faible, fèche et indigente. C’eftducaillou et de la brique , avec quoi on veut uni ter despalais de porphyre. Cependant ]\ï. de Afalc'zieu, pardes efforts que produifait un enthoufiafme fubit, etpar un récit véhément, femblaitfuppléeràlapauvretéde la langue, et mettre dans fa déclamation toutel’amedesgrandshommesd’Athènes . Permettez-moi,Madame, de rappeler ici ce qu’il penfait de ce peupleinventeur, ingénieux etfenfible, qui enfeigna tout.aux Romains fes vainqueurs,et qui,long-temps aprèsfa ruine et celle de l’empire romain , a fervi encore àtirer l’Europe moderne de fa groffière ignorance.