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quelques voyageurs ne connaiffent Rome aprèsl’avoir vue.Ce nombre prodigieuxde ftatues des plusgrands maîtres, ces colonnes qui ornaientlesmarchéspublics , ces monumens de génie et de grandeur, cethéâtre fuperbe et immenfe, bâti dans une grandeplace, entrela ville etla citadelle, oùles ouvrages desSophocle et des Euripide étaient écoutés par les Pcriclèsetparles Socrates, et où des jeunes gens n’affiliaientpas debout et en tumulte ; en un mot, tout ce queles Athéniens avaient fait pour les arts, en tous lesgenres était préfent à fon efprit. Il était bien loinde penfer comme ces hommes ridiculement auftères ,et ces faux politiques, qui blâment encore les Athé-niens d’avoir été trop fomptueux dans leurs jeuxpublics, et qui ne favent pas que cette magnificencemême enrichiffait Athènes , en attirant dans fon feinune foule d’étrangers qui venaient l’admirer etprendre chez elle des leçons de vertu et d’éloquence.
Vous engageâtes, Madame, cet homme d’un efpritprefqu'univerfel, à traduire avec une fidélité pleined’élégance et de force l’Iphigénie en Tauride A'Euri-pide. On la repréfenta dans une fête qu’il eut l’honneurde donner àV. A.S. fête digne de celle qui la recevait,et de celui qui en fefait les honneurs ; vous y repré-fentiez Iphigénie , Je fus témoin de ce fpectacle ; jen’avais alors nullehabitude de notre théâtre français ;il ne m’entra pas dans la tête qu’on pût mêler de lagalanterie dans ce fujet tragique : je me livrai auxmœurs et aux coutumes de la Grèce , d’autant plusaifément qu’àpeinej’en connaiffaisd’autres ; j’admirail’antique dans toute fa noble fimplicité. Ce fut-là cequi me -donna la première idée de faire la tragédie