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E PITRE A MADAME
d’Oedipe , fans même avoir lu celle de Corneille . Jecommençai par m’effayer, en traduifant la fameufefcène de Sophocle , qui contient iadouble confidence deJocaJle etd’ Oedipe. Je la lus à quelques-uns de mesamis qui fréquentaient les fpectacles, et à quelquesacteurs: ils m’affurèrent que ce morceau ne pourraitjamais réuffir en France ; ils m’exhortèrent à lireCorneille , qui l’avait foigneufement évité, et me direnttous que fi je ne mettais , à fon exemple , une intrigueamoureufe dans Oedipe, les comédiens même nepourraient pas fe charger de mon ouvrage. Je lusdoncl’Oedipe de Corneille , qui, fans être mis au rang deCintra et de Folieucte , avait pourtant alors beaucoupde réputation. J’avoue que je fus révolté d’un boutà l’autre ; mais il fallut céder à l’exemple et à lamau-vaife coutume. J’introduilis au milieu de la terreut dece chef-d’œuvre de l’antiquité, non pas une intrigued’amour, l’idée m’en paraiffait trop choquante, maisau moins le reffouvenir d’une paffion éteinte : je nerépéterai point ce que j’ai dit ailleurs fur cefujet.
V. A. S. fe fouvient que j’eus l’honneur de lireOedipe devant elle : la fcène de Sophocle ne futaffurémentpas condamnée à ce tribunal ; mais vous ,et M. le cardinal de Polignac, et AI. de Malézieu , ettout ce qui compofait votre cour, vous me blâmâtesuniverfellement, et avec très-grande raifon , d’avoirprononcé le mot' d’amour dans un ouvrage oùSophocle avait fi bien réuflifans ce malheureux orne-ment étranger; et ce qui feul avait fait recevoirma pièce , fut précifément le feul défaut que vouscondamnâtes.