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ils n’efpéraient rien. Le public fut entièrement devotre avis ; tout ce qui était dans le goût de Sophocle fut applaudi généralement; et ce qui reffentait unpeulapaffion de l’amour fut condamné de tous lescritiques éclairés. En effet, Madame, quelle placepour la galanterie, que le parricide et l’incefte quidéfolent une famille, et la contagion qui ravage unpays! Et quel exemple plus frappant du ridicule denotre théâtre et du pouvoir de l’habitude, queCorneille d’un côté , qui fait dire à Theftic:
Ouelque ravage affreux qu’étale ici la pefte ,
L’abfence aux vrais amans eft encor plus funefte :
et moi qui, foixante ans après lui, viens faire parlerune vieille Jocafle d’un vieil amour ; et tout cela pourcomplaire au goût le plus fade et le plus faux qui aitjamais corrompu la littérature?
Qu’une Phèdre , dont le caractère eft le plus théâtralqu’on ait jamais vu, et qui eft prefque la feule quel’antiquité ait repréfentée amoureufe; qu’une Phèdre ,dis-je, étale les fureurs de cette paffion funefte; qu’uneRoxane, dans l’oifiveté du férail, s’abandonne àl’amour et à la jaloufie ; qu’Ariadne fe plaigne au cielet à la terre d’une infidélité cruelle ; qu’ Orofmane tuece qu’il adore : tout cela eft vraiment tragique.L’amour furieux, criminel, malheureux, fuivi deremords, arrache de nobles larmes. Point de milieu :il faut, ou que l’amour domine en tyran, ou qu’ilne paraiffe pas ; il n’eft point fait pour la fécondéplace. Mais que Néron fe cache derrière une tapilferiepour entendre les difeours de fa maîtreffe etdefonrival ; mais que le vieu xMithridate fe ferve d’une rufe