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EPITRE A MADAME
Il compofa Ton chef-d’œuvre d’Athalie ; mais quandil fe fut ainfi détrompé lui-même , le public ne le futpas encore. On ne put imaginer qu’une femme , unenfant et un prêtre , pulfent former une tragédieintéreffante : l’ouvrage le plus approchant de la per-fection qui foit jamais forti de la main des hommes,relia long-temps méprifé, et fon illuftre auteur mourutavec le chagrin d’avoir vu fon fiècle éclairé , maiscorrompu , ne pas rendre juftice àfon chef-d’œuvre.
Il eft certain que fi ce grand homme avait vécu ,et s’il avait cultivé un talent, qui feul avait fait fafortune et fa gloire,et qu’il ne devait pas abandonner,il eût rendu au théâtre fon ancienne pureté , il n’eûtpoint avili par des amours de ruelle les grands fujetsde l’antiquité. Il avait commencé l’Iphigénie enTauride , et la galanterie n’entrait point dans fonplan : il n’eût jamais rendu amoureux ni dgamemnonni Orefie, ni Electre, ni Te'lcphonte, ni Ajax ; mais ayant,malheureufement quitté le théâtre avant que del’épurer , tous ceux qui le fuivirent imitèrent etoutrèrent fes défauts, fans atteindre à aucune de fesbeautés. La morale des opéra de Quinault entra dansprefque toutes les fcènes tragiques: tantôt c’eft unAlcibiade , qui avoue que dans ces tendres momens il atoujours éprouve qu'un mortel peut goûter un bonheurachevé j tantôt c’eft une Amejlris, qui dit que
La fille d’un grand roi
Brûle d’un feu fecret, fans honte et fans effroi.
Ici un Agnonidc.
De la belle Chrylis en tout lieu fuit les pas,
Adorateur confiant de fes divins appas.