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O R E S T E.
Quoi.! j’ai vu Clytemneftre, avec lui conjurée,
Lever fur fon époux fa main trop aflurée !
Et nous fur le tyran nous fufpendons de-s coups,
Que ma mère à mes yeux porta fur fon époux !
O douleur ! ô vengeance ! ô vertu qui m’animes ,Pouvez-vous en ces lieux moins que n’ont pu les crimes ?Nous feules déformais devons nous fecourir :
Craignez - vous de frapper? craignez-vous de mourir?Secondez de vos mains ma main défefpérée ;
Fille de Clytemneftre, et rejeton d'Atrée,
Venez,
I p H I s E.
Ah ! modérez ces tranfports impuiflans ;Commandez, chère Electre, au trouble de vos fens ;Contre nos ennemis nous n’avons que des larmes:
Qui peut nous féconder? comment trouver des armes?Comment frapper un roi de gardes entouré,
Vigilant, foupconneux , par le crime éclairé ?
Hélas ! à nos regrets n’ajoutons point de craintes ;Tremblez que le tyran n’ait écouté vos plaintes.ELECTRE.
Je veux qu’il les écoute ; oui, je veux dans fon cœur (i)Empoifonner fa joie , y porter ma douleur;
Que mes cris jufqu’au ciel puiffent fe faire entendre;Qu’ils appellent la foudre, et la faffent defeendre;Qu’ils réveillent cent rois indignes de ce nom,
Qui n’ont ofé venger le fang d’Agamemnon .
Je vous pardonne, hélas! cette douleur captive,
Ces faibles fentimens de votre ame craintive :
Il vous ménage au moins. De fon indigne loiLe joug appefanti n’eft tombé que fur moi.
Vous n’êtes point efclave, et d’opprobres nourrie;