11S DISSERTATION
PREMIERE PARTIE.
On a toujours regardé l’Electre de Sophocle commenu chef - d’œuvre, foitpar rapport au temps auquelelle a été compofée, foit par rapport au peuplepour lequel elle a été faite.
Ce temps touchait à celui de l’invention de la tra-gédie. Trois illuftres rivaux, les chefs et les modèlesde tous ceux qui ont excellé depuis dans le genredramatique, fe difputèrent la victoire. Les pièces desdeux antagoniftes de Sophocle furent louées, furentmême récompenfées ; la Tienne fut couronnée etpréférée. Toute la nation grecque et toute lapoftéritén’ont jamais varié fur ce jugement. Elle tira desgémiffemens et des larmes; elle excita même descris, qu’arrachaient la terreur et la pitié portées àleur comble. On ne peut la lire dans l’original fansrépandre des pleurs.Tel eft l’effet que produilit et queproduit encore de nos jours la fcène de l’urne, quetoute l’antiquité a regardée comme un chef-d’œuvrede l’art dramatique. Aulu- Gelle rapporte que de fantemps, fous l’empire d’Adrien , un acteur nomméPaulus, qui fefait le rôle d’Electre, fit tirer du*tombeau l’urne qui contenait les cendres de fon filsbien - aimé ; et comme fi c’eût été l’urne d’ Orejle , ilremplit toute l’affemblée, non pas d’une fimpleémotion de douleur bien imitée, mais de cris et depleurs véritables. Effectivement cette fcène eft un