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DISSERTATION
qu’à la dernière fcène, et pour y recevoir la mort?Quel perfonnage que celui d’un roi qui ne vientqile pour mourir! Cependant il ne femble pasabfolument néçeflaire qu’ Fgijlhc parai fie plutôt. Lepoète infpire tant de terreur dans tout le coursde la pièce, qu’il n’a pas befoin d’introduire plutôtun perfonnage qui ne produirait que de l’horreur,qui nuirait à fon plan, ou qui du moins feraitinutile.
Quant à l’atrocité de la cataftrophe, elle paraîthorrible dans nos mœurs; elle n’était que terribledans celles des Grecs. C’était un fait avoué de toutle monde, qu ’OrcJie avait tué fa mère de proposdélibéré pour venger le meurtre de fon père. Iln’était pas permis de le déguil'er, ni de changer unefable univerfellement reçue ; ( b ) c’était même ce quifefait tout le grand tragique, tout le terrible decette action : ( c ) aulïi voit - on qu’ Efchyle et Euripide ont exactement fuivi, . comme Sophocle , l’hiftoireconfacrée. Il me femble même que la mort deCltjtcmncfirc , tuée par fon fils, eft en un fens moinsatroce, et fans contredit beaucoup plus théâtrale etplus tragique, que le meurtre de Camille , exécutépar Horace.
(b ) II faut que Clytemnefire foit tuée par Orefic. Ariflot. dePoct.c. iç.
(c) Un des principaux objets du poeme dramatique eft d’apprendreaux hommes à ménager leur compaffion pour des fujets qui le méritent.Car il y a de rinjuftice d’être trop touché des malheurs de ceux quiméritent d’être miférables. On doit voir fans pitié, dit le pèr c Rapin,Clytemncflrt tuée par fon fils Orcfle, dans Efchylc, parce qu’elle avait tuéfon époux; et l’on*peutvoir fans compaifion mourir Hippolytc, parcequ’il ne meurt que pour avoir été fage et vertueux. V. Réflexion fur lapoétique.