parurent les plus vifs de tous ceux dont le cœurhumain eft fufceptible. Mais la terreur et l’attendrif-fement, portés à l’excès,précipitent indubitablementles hommes dans les plus grands crimes et dans lesplus grands malheurs. Les Grecs entreprirent decorriger l’un et l’autre, et de les corriger l’un parl’autre.
La crainte non corrigée, non épurcc , pour me fervirdu terme d 'Arifiote , nous fait regarder comme desmaux infupportables les événemens fâcjreux de lavie, les difgraces imprévues, la douleur, l’exil, laperte des biens, des amis, des parens, des couronnes,de la liberté et de la vie. La crainte bien épurée nousfaitfupporter toutes ces chofes ; elle nous fait mêmecourir au-devant avec joie, lorfqu’il s’agit des intérêtsde la patrie, de l’honneur, de la vertu et de l’obfer-vation des lois éternelles établies par les dieux. LesGrecs enfeignaient fur leur théâtre à ne rien craindrealors, à ne jamais balancer entre la vie et le devoir,et à fupporter fans fe troubler toutes les difgraces,en les voyant fi fréquentes et fi extrêmes dans lesperfonnages les plus confidérables et les plus ver-tueux ; à ménager la crainte et à la tempérer par lesexemples les plus illuftres. Les peuples apprenaientau théâtre qu’il y a de la pufdlanimité et du crimeà craindre ce qui n’eft plus un mal, par le motifqui le fait furmonter, et par la caufe qui le produit;puifque ce mal, fi c’en eft un, n’eft rien en compa-raifon de maux inévitables et bien plus à craindre,tels que l’infamie, le crime, la colère et la vengeanceéternelle des dieux. La terreur de ces maux bien plusredoutables fait difparaître entièrement celle des
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