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DISSERTATION
premiers, UOreJlc de Sophocle s’embarraffe peuqu’on fafie courir le bruit de fa mort, pourvu qu’ilobéifle ponctuellement aux oracles. Electre méprifel’efclavage et les rigueurs de fa mère et d ’Egifthe,pourvu que la mort d ' Agamemnon foit vengée; ilfaut n’avoir jamais lu ni le texte ni la traductionde Sophocle , pour ofer dire quelle fonge plus àvenger fes propres injures, que la mort de fon père.Antigone rend les honneurs funèbres à fon frère, etne craint point d’être enterrée vive , parce quel’ordre facrilége de Créon eft formellement contraireà celui des dieux, et qu’on ne peut ni ne doit jamaisbalancer entre les dieux et les hommes, entre la mortet la colère des immortels. Orcjle, dans Sophocle ,n’a riçn à craindre des Euménides , parce qu’il fuitfidèlement les ordres d 'Apollon .
La pitié non épurée nous fait plaindre tous lesmalheureux qui gémilfent dans l’exil, dans la mifèreet dans les fupplices. La pitié épurée apprenait auxGrecs à ne plaindre que ceux qui n’ont point mérité ’ces maux, et quifouftrentinjuftement, à ménager leurcompajfion , à ne point gémir fur les malheurs quiaccablent ceux qui défobéilfent aux dieux et auxlois, qui trahilfent la patrie, qui fe font fouillés pardes crimes.
Chjtemnejlre n’ell point à plaindre de périr par lamain d’ Orefle ,• parce qu’elle a elle-même affalïïné fonépoux, parce qu’elle a goûté le barbare plaifir derechercher dans fon flanc les reftes de fa vie, parcequ’elle lui avait manqué de foi par un incefte, parcequ’elle a voulu faire périr fon propre fils , de peurqu’il ne vengeât la mort de fon père. C’eft une