injuftice de plaindre ceux qui méritent d’êtremiférables , de s’attendrir fur les malheurs quiarrivent aux tyrans, aux traîtres, aux parricides, auxfacriléges, à ceux, en un mot, qui ont tranfgreffétoutes les règles de la juftice. On ne doit les plaindreque d’avoir commis les crimes qui leur ont attiréla punition et les tourmens qu’ils fubiffent. Maiscette pitié même ne fait que guérir l’ame de cettevile compaffion qui peut l’amollir, et de ces vainesterreurs qui la troublent.
C’eft ainfi qiie le théâtre grec tendait à la correc-tion des mœurs par la terreur et par la compaffion,fans le fecours de la galanterie. C’était de ces deuxfentimens que nailfaient les penfées fublimes , etles expreffions énergiques que nous admirons dansleurs tragédies , et auxquelles nous ne fubftituonsque trop fouvent des fadeurs, de jolis riens, etdes épigrammes.
Je demande à tout homme raifonnable , dansun fujet auffi terrible que celui de la vengeance dela mort d’Agamemnoti , que peut produire l’amourd ’Electre et d ’OrcJle qui ne foit infiniment au-deffousde l’art de Sophocle ? Il eft bien queftion ici de décla-rations d’amour, d’intrigues de ruelle, de combatsentre l’amour et la vengeance. Loin d’élever l’ame,ces faibles reffources ne feraient que l’avilir. Il eneft de même de prefque tous les grands fujetstraités par les Grecs. L’auteur d’Oedipe convientlui-même, et cet aveu lui fait infiniment d’honneur,que l’amour de JocaJle et de Philoctcte , qu’il n’aintroduit que malgré lui, déroge à la grandeur defon fujet. La nouvelle tragédie de Phiioctète n’eût
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