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valu que mieux , fi l’auteur avait évité' l’amour dePyrrhus pour la fille de Philoctètc. Le goût du fièclel’a entraîné. Ses talens auraient furmonté laprétendue difficulté de traiter ces fujets fansamour , comme Sophocle .
Mettez de l’amour dans Athalie et dans Mérope,ces deux pièces ne feront plus des chefs-d’œuvre ,parce que l’amour le mieux traité n’a jamais leférieux, la gravité, le fublime, le terrible qu’exigentces fujets. Electre , amoureufe, n’infpire plus cetteterreur et cette pitié active des anciens Inutilementveut-on y fuppléer par des épifodes romanefques, pardes defcriptions déplacées , par des reconnailfancesaccumulées les unes fur les autres , par des conver-fations galantes , par des lieux communs de touteefpèce, et par des idées gigantefques. On ne fait quedéfigurer l’art de Sophocle et la beauté du fujet.C’eft faire un mauvais roman d’une excellentetragédie ; et comme le ftyle eft d’ordinaire analogueaux idées, il devient lâche, bourfouflé , barbare.Qu’on dife après cela que fi on avait quelque chofeà imiter de Sophocle , ce ne ferait certainement pasfon Electre ; qu’on appelle ce prince de la tragédiegrec babillard , il réfulte de ces invectives que l’artde Sophocle eft inconnu à celui qui tient ce difcours,ou qu’il n’a pas daigné travailler affez fon fujet poury parvenir; ou enfin que tous fes efforts ont étéinutiles, et qu’il n’a pu y atteindre. Il femble quele défefpoir lui ait fuggéré de condamner d’un motSophocle et toute la Grèce . Mais Electre , amoureufedu fils d ’EgiJihe alfàffin de fon père, féducteur defa mère, perfécuteur d’ Orejie , auteur de -tous fes