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tous les temps et de toutes les nations. La véritéeft une , et les anciens l’ont faifxe , parce qu’ils nerecherchaient que la nature, dont la tragédie eft uneimitation. Phèdre et Iphigénie en font des preuvesconvaincantes. On fait le mauvais fuccès de -ceuxqui, en traitant les mêmes fujets, ont voulu s’écarterde ces grands modèles. Ils fe font écartés en effetde la nature, et il n’y a de beau que ce qui eft naturel.Le décri dans lequel l’Oedipe de Corneille eft tombé,eft une bonne preuve de cette vérité. Corneille vouluts’écarter de Sophocle , et il fit un mauvais ouvrage.
Il fe préfente une autre réflexion non moinsutile, c’eft que, parmi nous, les vrais imitateursdes anciens fe font toujours remplis de leur efprit,au point de fe rendre propres leur harmonie et leurélégance continue. La raifon en eft, à mon gré,qu’ayant fans ceffe devant les yeux ces modèles dubon goût et du ftyle foutenu, ils fe formaient peu àpeu l’habitude d’écrire comme eux, tandis que lesautres, fans modèles, fans règles, s’abandonnaientaux écarts d’une imagination déréglée, ou reliaientdans leur ftérilité
Ces deux principes pofés, je crois ne rien direque de raifonnable en avançant que l’auteur de latragédie d’Orefte a imité Sophocle autant que nosmœurs le lui permettaient, et quelqu’eftime quej’aye pour la pièce grecque, je ne crois pas qu’endût porter l’imitation plus loin.
Il a repréfenté Electre et fon frère toujoursoccupés de leur douleur et de la vengeance de leurpère, et n’étant fufceptibles d’aucun autre,fentiment.C’eft précifément le caractère que Sophocle , Efchjlc