SUR LA TRAGEDIE D’ORESTE. 151
pas, dit-il, ofé faire repréfenter, je fuis d’un aviscontraire au fien : je crois que fi ce morceau étaitjoué avec terreur, il en produirait beaucoup.
Qu’on fe figure Electre , Iphife et Pylade fai fisd’effroi, et marquarts chacun leur furprife aux crisde Clytemneftre ,• ce tableau devrait faire, ce mefemble, un aulïi grand effet à Paris qu’il en fit àAthènes ; et cela avec d’autant plus de raifon queClytemnejhe infpire beaucoup plus de pitié dans lapièce françaife que dans la pièce grecque. Peut-êtrequ’à la première repréfentation , des gens malintentionnés purent profiter de la difficulté derepréfenter cette action fur un théâtre étroit, etembarraffé par la foule des fpectateurs , pour y jeterquelque ridicule. Mais comme il eft très-certainque la chofe eft bonne en foi , il faudrait néceffai-rement qu’elle parût bonne à la longue, malgrétous les difcours et toutes les critiques. Il ne feraitpas même impolîible de difpofer le théâtre et lesdécorations d’une manière qui favorifât ce grandtableau. Enfin, il me paraît que celui qui aheureufement ofé faire paraître une ombre d’aprèsEfchyle , et d’après Euripide , pourrait fort bien faireentendre les cris de Chjtemneflre d’après Sophocle. 3e maintiens que ces coups bien ménagés font lavéritable tragédie , qui ne confifte pas dans lesfentimens galans , ni dans les raifonnemens, maisdans une action pathétique , terrible, théâtrale ,telle que celle-ci.
Electre ne participe point dans Orefte au meurtrede fa mère, comme dans l’Electre de Sophocle , etencore plus dans celles d’Euripide et dEJchylc. Ce
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