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qu’elle crie à fon frère , dans le moment de lacataftrophe, la juftifie :
. . . . Achève, et fois inexorabl'e ;
Venge-nous, venge-la ( Clytemneftre ) tranche un nœudfi coupable :
Frappe, immole à fes pieds cet infâme aflafiln.
Je ne comprends pas comment la même nationqui voit tous les jours fans horreur le dénouementde Rodoÿune, et qui a fouffert celui de Thyejlt etd ’Atre'e, pourrait défapptouver le tableau que for-merait cette cataftrophe. Rien de moins conféquent.L’atrocité du fpectacle d’un père qui voit fur lethéâtre même le fang de fon propre fils innocentet maffacré par un frère barbare, doit caufer infini-ment plus d’horreur que le meurtre involpntaire etforcé d’une femme coupable, meurtre ordonnéd’ailleurs expreffément par les dieux.
Orejle eft certainement plus à plaindre dansl’auteur français que dans l’athénien , et la Divinitéy eft plus ménagée. Elle y punit un crime par uncrime ; mais elle punit avec raifon Orejle qui adéfobéi. C’eft cette défobéiffance qui formeprécifément ce qu’il y a de plus touchant dans lapièce. Il n’eft parricide que pour avoir trop écoutéavec fa fœur la voix de la nature, il n’eft malheureuxque pour avoir été tendre : il infpire ainfi la compaf-fxon et la terreur ; mais il les infpire épurées et dignesde toute la majefté du poème dramatique : ce n’eftpoint ici une crainte ridicule qui diminue la fermetéde l’ame, ce n’eft point une compaffion mal entendue