SUR LA TRAGEDIE D’ORESTE. 153
fondée fur l’amour le plus étrange et le plusdéplacé , qui ferait auffi abfurde qu’injufte.
Quant au dernier récit que fait Pyladc , je nefais ce qu’on y pourrait trouver à redire. Lesapplaudiffemens redoublés qu’il a reçus le mettentpleinement au-deffus de la critique. Les Grecs ontété charmés de celui d 'Euripide , où le meurtred’EaiJihc eft raconté fort au long. Comment notrenation pourrait-elle improuver celui-ci, qui contientd’ailleurs une révolution imprévue, mais fondée,dont tous les fpectateurs font d’autant plus fatisfaitsqu’elle n’eft en aucune façon annoncée, qu’elle eft àlafoisé tonnante et vraifemblable, et qu’elle conduitnaturellement à la cataftrophe?
Ce n’eft pas un de ces dénouemens vulgairesdont parle M. de la Bruyère , et dans lequel lesmutins n’entendent point raifon. On voit affez quelart il y a d’avoir amené de loin cette révolution,en fefant dire à Pammcne , dès le troil'ième acte:
La race des vrais rois tôt ou tard eft fervie.
Je demande après cela fi la république des lettresn’a pas obligation à un auteur qui reffufcite l’anti-quité dans toute fa nobleffe, dans toute fa grandeuret dans toute fa force, et qui y joint les plus grandsefforts de la nature , fans aucun mélange des petitesfaiblefl'es et des miférables intrigues amoureufes quidéshonorent le théâtre parmi nous?
L’impreffion de la pièce met en liberté de jugerdu mérite de la diction , des penfées, et des fenti-mens dont elle eft remplie. On verra fi l’auteur aimité les grands modèles, et de quelle manière il