Redoutez-moi; fâchez que malgré ma faibleffe,
Ma fureur peut aller plus loin que ma tendreffe.
I D a M É.
Je fais qu’ici tout tremble ou périt fous vos coups.Les lois vivent encore , et l’emportent fur vous.
G E N G I S.
Les lois ! il n’en eft plus : quelle erreur obftinéeOfe les alléguer contre ma deftinée?
Il n’eft ici de lois que celles de mon cœur,
Celles d’un lbuverain, d’un Scythe , d’un vainqueur;Les lois que vous fuivez m’ont été trop fatales.
Oui, lorfque dans ces lieux nos fortunes égales,
Nos fentimens, nos cœurs l’un vers l’autre emportés,(Car je le crois ainfi malgré vos cruautés)
Quand tout nous unifiait, vos lois, que je dételle,Ordonnèrent ma honte, et votre hymen funelte ;
Je les anéantis, je parle, c’eft allez;
Imitez l’univers, Madame, obéiffez.
Vos mœurs que vous vantez, vos ufages auftères,Sont un crime à mes yeux, quand ils me font contraires.Mes ordres font donnés, et votre indigne épouxDoit remettre en mes mains votre empereur et vous.Leurs jours me répondront de votre obéiffance.Penfez-y, vous favez jufqu’où va ma vengeance;
Et fongez à quel prix vous pouvez défarmerUn maître qui vous aime, et qui rougit d’aimer.