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E P I T R E.
reçûtes d’impreffion de l’impofture fecrète qui bleiïefourdement le mérite, ni de l’impofture publiquequi l’attaque infolemment. Vous avez fait du bienavec difcernement, parce que vous avez jugé parvous-même ; auffi je n’ai connu ni aucun homme delettres, ni aucune perfonne fans prévention, quine rendît juftice à votre caractère, non-feulementen public, mais dans les converfations particulières,où l’on blâme beaucoup plus qu’on ne loue. Croyez,Madame, que c’eft quelque chofe que le fuffrage deceux qui favent penfer.
De tous les arts que nous cultivons en France ,l’art de la tragédie n’eft pas celui qui mérite le moinsl’attention publique ; car il faut avouer que c’eft celuidans lequel les Français fe l'ont le plus diftingués.C’eft, d’ailleurs, au théâtre feul que la nation feraffembie, c’eft là que l’efprit et le goût de la jeuneffcfe forment : les étrangers y viennent apprendrenotre langue ; nulle mauvaife maxime n’y eft tolérée,et nul fentiment eftimable n’y eft débité fans êtreapplaudi; c’eft une école toujours fubfiftante depoéfte et de vertu.
La tragédie n’eft pas encore peut-être tout - à - faitce qu’elle doit être; fupérieure à celle d'Athènes en plufieurs endroits, il lui manque ce grand appareilque les magiftrats d’Athènes favaient lui donner.
Permettez-moi, Madame, en vous dédiant unetragédie, de m’étendre fur cet art des Sophocles etdes Euripide s. Je fais que toute la pompe de l’appareilne vaut pas une penfée fublime, ou un fentiment;'de même que la parure'n’eft prefque rien fansla beauté. Je fais bien que ce n’eft pas un grand